24 Mar 2008
Sans fin, inexorablement la roue de l'histoire
amène dans un ordre intangible, une suite
d'évènements historiques, et les figent.
L'histoire jalonne le temps.
Le temps qui s'écoule, projette, déforme
et brouille peu à peu l'image qu'il en procure.
Le souvenir n'est pas l'histoire.
L'histoire continue à se faire sous nos yeux, même

quand nous n'en sommes pas conscients.
ET L'HISTOIRE NE RETIENDRA QUE L'ESSENTIEL.
(entrée en matière empruntée à nos amis Guécélardais qui avait réalisé un mémoire chronologique de l'histoire de GUE-SEELARD et dont un exemplaire fut remis au Maire de Fillé
Sur le parcours de PARIS-NANTES des grands chemins médiévaux et voies antiques, FILLE semble avoir été une étape importante.
En 1041, le seigneur Jean HUET aurait été propriétaire d'un domaine appelé Buffes, en bordure de la Sarthe, place forte pour le repos et la sécurité des voyageurs et des pélerins de l'époque.
Les Landes de Bourray n'étaient qu'une région à l'aspect pratiquement désertique et citées dans des textes médiévaux sous la dénomination de forest dou Mans (s)
Non pas un vaste terroir auquel notre vision actuelle nous accoutume mais une méchante succession de friches, de taillis vigoureux, redoutablement enchevêtrés et croissants d'une façon désordonnée.
La seconde moitié du IX° siècle et les premières décennies du Xème se résument à un dépeuplement de notre territoire qui se trouvait dans un "couloir d'invasions" : la vallée de la Sarthe. Au seuil de l'an mil, c'est à peine si l'on peut deviner l'existence des "alleutiers", ces familles de paysans qui librement exploitaient de petites étendues de terre.

Plusieurs documents révèlent que les alleux(*) étaient convoités : donc menacés. Lorsque l'un d'eux est désigné dans un acte, c'est qu'il vient de pénétrer par une donation dans le patrimoine de l'Abbaye de la Couture ou dans celui d'un autre grand établissement religieux.
L'abbaye de la Couture assurait le pouvoir tutélaire de FILLE qui se trouvait de facto dans les Quintes du Mans.
Jehan de BELLENGER, écuyer était seigneur du GROS CHESNAY avant 1484. De la terre du GROS CHESNAY dépendaient divers fiefs et seigneuries et les assises étaient tenues au château même du Gros Chesnay.
Jehan de BELLENGER l'échangea en 1484 avec Alexandre Mainard (alias MESNARD) époux de Jeanne LE GRAS, fille de Michel LE GRAS, Seigneur du LUART et de Marie CHAMBELLAN. Leur fils, Guillaume MAINARD, seigneur du GROS CHESNAY épousa Anne QUERLAVOINE dont ils eurent une fille Anne MAINARD, dame du GROS CHESNAY qui épousa vers 1550 François LE BOINDRE, deuxième du nom, Seigneur du PERRUCHET. Ils sont décédés avant 1585.
(*) alleu : au temps de la féodalité, terre libre ne relevant d'aucun Seigneur et exempte de toute redevance

Guillaume MESNARD possédait, outre la seigneurie du GROS CHESNAY, un moulin seigneurial banal certifié avoir été construit en 1566, situé dans le centre du bourg, avec les terres attenantes. Ce moulin qui apparaît à l'époque de façon certaine dans les actes se profile à l'écart du village le long de la Sarthe (le canal n'existait pas encore).
Sous l'ancien régime, le moulin appartient nécessairement à un seigneur car le droit de moudre le grain était une "banalité", un droit féodal.
La situation du meunier comme celle des paysans en découlent puisque ceux-ci sont contraints d'aller y faire moudre leur grain.
Après cette longue période de guerres féodales et de la guerre de cent ans qui dura de 1337 à 1453, une nouvelle société fondée sur le droit féodal est parvenue à se mettre en place : autour du château, les moulins, forge, four, lavoir, tout ce qui est nécessaire à la vie quotidienne des habitants est mis à leur disposition par le seigneur qui perçoit, en contre partie, cens, taxes et redevances variées.
Le paysan de FILLE vivait sur son lopin de terre. Celui-ci était bien engraissé par le voisinage de l'habitation et de l'étable, en permanence cultivé. Par contre, les portions plus ou moins restreintes, durement arrachées à la friche (l'outillage en fer étant exceptionnel) n'étaient que faiblement productrices de sarrazin, seigle, orge ou avoine. A cette époque, on améliorait le sol en mettant le feu aux herbes, aux broussailles, les cendres étant le seul engrais utilisé.


Les hameaux de FILLE, du GUE-SEELARD(*) doivent être vus pour la période des Xème au XIIème siècles comme une enclave dans un univers boisé à la seule différence qu'à GUE-SEELARD, nos ancêtres se sont regroupés en un hameau près du franchissement à gué d'un petit cours d'eau, le Rhonne, alors qu'à FILLE, ils se sont regroupés près d'un autre passage à gué, le long de la Sarthe.
Les alleutiers formaient le composant le plus actif de cette petite communauté, premier embryon d'une société rurale face aux Seigneurs de Buffes, du Gros Chesnay, de Mondan, Foulletourte, Belin et les autres.
Ces trois siècles sont aussi ceux d'un renouveau culturel sans égal qui prit naissance en Italie et se propagea dans toute l'Europe au XIV et XV° siècles. Les seigneurs s'installent dans de magnifiques et spacieuses demeures, les églises sont embellies.
La Seigneurie de la Paroisse était annexée à l'origine au Château de Buffes, situé de l'autre côté de la rivière Sarthe, un peu décalé par rapport au bourg de Fillé, sis sur le territoire de GUECELARD mais en prolongement du château du Gros Chesnay
FILLE SE TROUVANT A LA BASE D'UN TRIANGLE QUI RELIE TROIS DOMAINES IMPORTANTS :
* "BUFFES" GUECELARD
* "LA BEUNECHE" ROEZE
* "LE GROS CHESNAY" FILLE
CES TROIS SEIGNEURIES VONT PAR LEUR AUTORITE ET LEURS POUVOIRS GERER A LEUR GUISE CETTE ENCLAVE.
La légende veut que ce manoir de Buffes ait été bâti par les Anglais, remarquable seulement par ses grandes croisées carrées divisées par des croix en pierre. Toutefois, nous ne possédons aucun document d'archives sur ce château.
Défendu au nord de la Sarthe qui en baigne les murailles, sa cour était close de murs ayant une belle porte d'entrée au sud et une avenue en face. L'un des deux pavillons construits près de cette porte servait de chapelle domestique. Le tout était entouré de douves maintenant comblées.
En face et au nord de Buffes, fut construit le château du Gros Chesnay près du fief des Richardières qui est devenu le chef-lieu de la Seigneurie lorsque les propriétaires de Buffes ont abandonné cette habitation.
(*) GUE-SEELARD = GUECELARD


Précédemment, en 1398, Perrine de Buffes avait fait acte de "vendition" (acte de vente) de la métairie de Bourdigale au profit du procureur de la fabrique d'Arnage. Plus tard, en 1412, Jehan de Germaincourt et Perrine, sa femme, sont témoins d'une donation à Huet de Buffes du Domaine de Saint-Benoît dans la suzainerie de la Suze.

photo collection particulière
Le manoir de la Beunêche
(situé commune de Roezé à la limite de Fillé)
(situé commune de Roezé à la limite de Fillé)
fut construit par Claude Seigneur de Jalesnes et son épouse Renée de Vendomois de Champmarin. Leur fille, Charlotte de Jalesnes épousa le 10 Avril 1577, Charles de Broc, 1er du nom, Seigneur de la Ville-au-Fourrier, de Vernelles, de la Bruère, de Vernoil-au-Fourrier, etc..., chevalier de l'ordre du Roi et qualifié de Gentilhomme du Roi.
La construction du manoir et du moulin de la Beunêche date de 1553 donc pour ce qui en est du moulin, quelques années avant celui de FILLE mais celui-ci est devenu une ruine de nos jours.

photo collectiopn particulière
Le moulin de la Beunêche datant de1553.
Eglise SAINT MARTIN DE VERTOU
L'église de FILLE dont la paroisse a été fondée en 1135 abrite une statue en terre cuite de la VIERGE A L'ENFANT, joli symbole de la Renaissance. Cette statue est l'oeuvre de Charles Hoyau qui est un des sculpteurs les plus doués du XVII ° siècle. Il a jouit dans le Maine, de son vivant d'une notoriété certaine. Il a réalisé plusieurs statues de la Vierge dont la très belle Sainte-Cécile de la Cathédrale du Mans ainsi que sa Vierge à l'enfant et celle de FILLE dont la pose élégante et le drapé animé avec grâce évoque le talent de Charles HOYAU. Cette statue fortement endommagé par l'incendie de 1944 en garde des séquelles ce qui permet d'observer les différentes parties de l'oeuvre. En effet, celle-ci fut cuite par morceaux qui furent assemblés dans un second temps. L'enfant Jésus s'appuie sur le bras gauche de Marie et sa main repose sur la poitrine de la Vierge. Il semble que les doigts de Marie forment le monogramme du Christ.



La statue de la Vierge à l'Enfant seule statue sortie miraculeusement indemne de l'incendie lors de la Libération en Août 1944.
Le curé de FILLE paya 22 livres Mançoises* valant 3 arcs et 8 deniers tournois pour ses vignes du "Groux Chesnayes"
* livre mansoise = denier du Mans : cenomanense ou mansoise.
* le double denier tournois est ancienne monnaie émise par les rois de France à partir de la fin du XIII° siècle :
- pendant la période médiévale et post-médiévale où le double deniers tournois est une monnaie de billon fabriquée à la main,
- pendant la période allant d'Henri III à Louis XIV où le double deniers tournois est une monnaie de cuivre pur.
La Fabrique est un conseil composé de paroissiens élus appartenant à la Communauté des habitants de la paroisse et chargé d'administrer et de gérer les biens religieux.
A l'origine, les fabriques étaient composées de membres du Clergé ou maraguilliers qui dressaient la liste des pauvres. Elles comprenaient un conseil de fabrique, assemblée délibérante et un bureau des marguilliers, organe d'exécution.
A l'exception du curé et du maire, membres de droit, les fabriciens étaient d'abord nommés par l'Evêque et le Préfet avec renouvellement tous les trois ans.
En examinant la gestion du procureur de fabrique de Fillé, nous pouvons nous renseigner sur les biens et revenus de l'église au XV° siècle, sans être surpris de la modicité des recettes examinées de 1461 à 1468. Ces recettes provenaient en grande partie d'une redevance des fidèles appelée "les droictures de Pâques" et dont le curé percevait la moitié. En revanche, venaient s'ajouter à cette redevance, les offrandes des fidèles, tantôt en nature, tantôt en argent.
Mais les ressources étaient bien restreintes à Fillé et de ce fait le procureur de fabrique n'arrivait pas à équilibrer son budget. En conséquence, le luminaire qui représentaire la plus large part des dépenses avait été considérablement économisé. Les cierges achetés pour Pâques 1462 avaient servi à toutes les solennités de l'année. De plus, on employait que peu d'encens.
D'autres dépenses telles que le versement d'une petite somme au doyen ou au représentant qui venait exercer dans l'église son droit de visite, une petite rétribution au procureur de fabrique qui, lui non plus n'exerçait pas gratuitement sa charge (ce qui est logique) l'entretien du mobilier de l'église ainsi qu'une somme versée aux Seigneurs des fiefs n'arrangeaient pas, bien entendu, les comptes de notre procureur de fabrique !
C'est ainsi que, pour faire face à ces diverses charges les revenus ordinaires ne suffisaient pas. Les habitants qui étaient en possession de quelque bien que ce soit devaient verser une somme proportionnelle à la valeur de l'acquisition.
Les déficits des comptes de fabrique de 1698 ont été ainsi comblés. Cela ressemble à ce que nous acquittons de nos jours et qui s'appelle l'impôt.

Les Seigneurs Mesnard abandonnèrent donc par la suite le château fortifié de Buffes pour le château du Gros Chesnay en rive droite de la Sarthe et annexèrent à cette terre la Seigneurie de SPAY, paroisse voisine et celle de ROEZE, autre commune limitrophe partagée entre les Seigneurs de la Suze par la réunion au Gros Chesnay des fiefs de Vauguyon et de la Beunêche.
Le fief du comté de Belin s'étendait aussi sur FILLE.
photo collection particulière
Le chateau du Gros Chesnay est d'époque Louis XIII. Au bout d'une longue allée que côtoie, à gauche, une douve tandis qu'à droite un terre-plein rectangulaire est entouré d'eau, le château du Gros Chesnay dresse sa façade orientale. L'allée anciennement toute droite aboutissait au château après être passée entre deux pavillons carrés dont l'un servait de chapelle.
Au devant de la façade nord, il existait un jardin planté à l'anglaise, des terrasses, des bosquets et un bois bien percé s'étendant au Nord-Est, partie en futaie, partie en taillis ; vis-à-vis de la façade sud, une première cour gazonnée, close de murs et de grilles à hauteur d'appui.
Une belle avenue qui s'étend jusqu'à la rivière et au-delà jusqu'à la grande route sur une longueur de 3 kilomètres 172 à partir du châteai. A côté gauche de cette avenue, de nombreux canaux remplis d'eau limpide se croisent et divisent une jolie prairie en plusieurs carrés entourés de plantations d'arbres ce qui forme autant d'îles de verdure du plus agréable aspect.
sources et références manuscrites : archives départementales de la Sarthe
recherches ponctuelles dans les séries E, F, O, M, N.
archives de la Mairie de FILLE.
sources et références manuscrites : CHARLES HOYAU sculpteur, le grand maître de l'école Mancelle, article "Patrimoine" de la revue MAINE DECOUVERTES n° 23 de décembre 1999, janvier et février 2000.
Lecture de la totalité de l'ouvrage LA SARTHE ET SES RICHESSES de André LIGNE et Gilles KERVELLA des Editions de la Reinette.
revue historique et archéologique du Maine - 1956/77.
récit sur la fabrique de FILLE source bibliographique de l'HISTORIQUE DU MAINE
chronologie d'évènements relatives à l'histoire de GUE-SEELARD remis au Maire de FILLE



























