Les vingt années entre 1919 et 1939 furent une desespérante illusion et en Septembre 1939, l'Allemagne envahit la Pologue ce qui déclencha la deuxième guerre mondiale.
Un an auparavant, après de nombreux ballets diplomatiques, Chamberlain et Daladier avaient signé les accords de Munich en présence d'Hitler et de Mussolini ce qui mettait fin à la crise des Sudètes et indirectement scellait la mort de la Tchékoslovaquie en tant qu'état indépendant. Cet honteux compromis fit dire par Wiston Churchill : "Ils ont accepté le déshonneur pour avoir la paix mais non seulement ils auront le déshonneur mais ils auront aussi la guerre." Ce qu'il prédit arriva : le 3 Septembre 1939, Londres et Paris déclarèrent la guerre à l'Allemagne suite à l'invasion de la Pologne, le 1er Septembre, par les troupes allemandes.
Après une drôle de guerre de huit mois, l'Allemagne déclenche son offensive sur les pays du nord de l'Europe du nord puis ensuite sur la Belgique et la France. Hélas, on assiste à l'effondrement total de la ligne de défense française et la défaite est inévitable : le front étant totalement disloqué, les allemands envahissent la Belgique et le Nord en quelques jours. Le gouvernement français lance un appel desespéré aux Britanniques pour avoir un appui aérien et une escadrille anglaise est enfin transférée au Mans dans la journée du 8 Juin.
Succombant à un "sauve qui peut" collectif, les populations du Nord et de l'est de la France ainsi que de la Belgique se jetèrent sur les routes de l'exode et se heurtèrent pour la plupart au franchissement des ponts sur la Loire ajoutant leur panique à celle de la débâcle des soldats français.
Je me souviens de récits que m'avait confiés ma mère qui avait été témoin de scènes très pénibles alors qu'elle était serveuse au restaurant "Le Pigeon d'Or" aux Ponts-de-Cé, ville où se trouvait un pont stratégique sur la Loire. De nombreux réfugiés avaient envahi l'établisssement et les personnes qui y étaient employées n'arrivaient plus à faire face devant ce flot humain dont certains venus de Hollande et de Belgique et du Nord de la France ; qui ne réclamaient souvent qu'un verre d'eau mais tellement desemparés étaient devenus agressifs pour certains devant le danger, la peur et aussi la souffrance.

Les populations civiles ont payé un lourd tribut à la guerre surtout après le débarquement le 6 Juin 1944 en Normandie. Des villes entières furent rasées.
Monsieur BEUNARDEAU eut la lourde charge de gèrer la commune pendant la guerre.
Il était invalide de la première guerre. Il était conseiller général, Chevalier de la Légion d'Honneur, Croix de Guerre et médaillé militaire. Il avait été élu Maire le 19.05.1929, réelu en 1935, en 1941 et en 1947 après la Libération. Il mourut le soir de Noel 1951 suite à un malaise pendant la messe de Minuit.

illustration empruntée à image perso-orange.fr
Fin des années 30, pourtant, le temps des Loisirs chèrement acquis avait commencé : après des années de grèves et d'agitation sociale, les travailleurs français atteignirent leur but : 40 heures de travail par semaine et deux semaines de congés payés pour chacun. Cependant, le train était cher et l'automobile restait du domaine du "rêve".
Des dizaines de milliers d'entre-eux choisirent la bicyclette et une vague turbulante déferla sur le cyclotourisme qui devint très populaire. Ainsi commença l'âge d'or des bicyclettes artisanales.
Mais, hélas, l'invasion allemande en 1940 devait bouleverser la vie quotidienne des français. En dépit de la rigueur du temps, la production continua à une moindre échelle et la bicyclette devint plus un moyen de transport qu'un équipement sportif. Beaucoup de cyclotouristes citadins en profitèrent pour battre la campagne à la recherche de produits fermiers pour se nourrir. Certains manceaux se procurèrent des victuailles ches nos paysans de FILLE. Et la demande de bicyclettes devenait supérieure à la production ; il fut institué un formulaire destiné à la Préfecture pour ceux dont l'utilisation de la bicyclette constituait un moyen de transport pour se rendre au travail.

photo sur archive municipale

Soldats du 97° RAD le long du canal ci-dessous et ... ci-dessus sous le pont du canal
En mars 1940, l'un de ces soldats écrivait à sa mère : "Espérons que la guerre sera bientôt finie et que nous n'en reparlerons plus. Ici, les alertes ne sont pas trop nombreuses, c'est un secteur calme mais vois-tu la vie est bien bizarre parfois et cette fois-ci, je ne suis pas encore en veine puisque l'on repart ou ? mystère..."

Lors de la soirée du 8 Mars 1991 à la MTL, nous avons pû entendre le reportage enregistré et présenté par René GAIGNON avec l'Abbé Baron qui fut curé de Fillé après-guerre, reportage retranscrit sur "LA ROUE TOURNE", le bulletin communal d'Octobre 1991. A notre grande surprise, nous avons appris que l'abbé BARON faisait partie des soldats du 97 Régime d'Artillerie Divisionnaire dispersé à Fillé. Mais voici, un extrait de cet interview du 12 Février 1990 présenté en 1991 :
- R.G. : "Nous recevons M. l'Abbé BARON qui va évoquer ses souvenirs de FILLE SUR SARTHE"
- Abbé Baron : "Celui qui vous parle en ce 12 Février 1990 chez Monsieur GAIGNON aux Gesleries de FILLE est un aumonier retraité du Centre Hospitalier du Mans. Il fut le curé de la paroisse du 17 Septembre 1950 au 6 Juin 1958 et chargé, par Monseigneur GRENTE, son évèque, de la restauration de l'église incendiée malencontreusement, lors de la Libération par les troupes américaines du Général Patton, le mardi 8 Août 1944.
C'est tout une histoire, une histoire passionnante..."
- R.G. "Comment avez-vous connu FILLE ?"
- Abbé Baron : "FILLE, j'en avais entendu parler quand j'étais jeune car ce petit pays avait la réputation d'être un lieu de villégiature, de promenade et surtout de pêche. Les amateurs de pêche, en effet, aimaient partir du MANS, par le "petit tacot", le tramway départemental, à FILLE. C'est tout ce que j'en savais, si ce n'est qu'une fois pour y être passé, enfant, en promenade, par ce même tacot avec le patronage du Tertre Saint-Laurent. Mais le souvenir en restait vague et peu précis..
Par contre, un évènement y aura marqué ma vie. Il y aura de cela cinquante ans le premier Mars prochain, un régime d'artillerie hippomobile était rassemblé à LA SUZE pour se disperser dans des communes voisines. Ce Régiment était le 97ème Régiment d'Artillerie Divisionnaire (97° R.A.D.). Le même jour, s'installaient à FILLE, au château du Gros Chesnay, l'Etat Major, puis au bourg, la Batterie Hors Rang (B.H.R.), enfin, au-delà du canal, la 9ème Batterie.
C'est ainsi que séminariste-soldat, j'allais loger le soir même, dans la maison natale de Monseigneur Julien GOUET, à la "Pelouse" inoccupée à ce moment-là.
J'y restais une dizaine de jours avant de trouver gîte, avec mes camarades, dans d'autres maisons des "Iles" où étaient installé le Poste de Commandement (P.C.) du Capitaine qui était alors le lieutenant André Boulle. Cela dura jusqu'au 25 Mai 1940.
Il n'est pas banal que, dix ans plus tard, ce séminariste-soldat devenu prêtre en 1944, trois jours avant le débarquement des alliés en Normandie, soit désigné comme curé de la paroisse. Mais cela s'explique assez bien : ses liens avec FILLE n'avaient pas cessé. En effet, le dimanche, pendant la "drôle de guerre", donnait l'occasion aux militaires de rencontrer le curé d'alors, l'abbé COURONNE, et, pour plusieurs séminaristes-soldats, de venir le saluer après la messe, d'être reçus par lui et de bien le connaître. D'autant plus qu'au retour de la guerre, après l'armistice, lors de l'Occupation, le séminariste-soldat libéré des obligations militaires est venu, à plusieurs reprises, à vélo du Grand Séminaire du Mans au presbytère de Fillé. Grâce à Monseigneur Julien GOUET, un ravitaillement bien précieux pour des jeunes démunis de nourriture à l'époque était préparé soigneusement et déposé par le boucher, Monsieur TRIBOTTE et le boulanger, Monsieur LELASSEUX...".

Affiche informant le public qu'il était interdit d'écouter les émissions de la radio anglaise.
La CROIX ROUGE FRANCAISE a subi de plein fouet le choc de la deuxième guerre mondiale et a dû faire face à de nombreux problèmes liés à l'occupation de notre territoire. Le conflit armé avait cessé mais les activités de guerre ont laissé place à des actions d'aide aux populations civiles souffrant de graves problèmes d'approvisionnement dus à cette occupation par une armée toujours en guerre et ayant besoin d'énormes ressources pour soutenir son effort de guerre.
La CRF s'est employée aussi à venir en aide aux enfants necéssiteux ainsi qu'aux civils dans les camps mais en 1942 a été supplantée dans ses actions par la volonté exprimée par VICHY de la marginaliser au profit de structures plus instrumentalisables comme LE SECOURS NATIONAL. Cet organisme avait été créé en 1914 pour venir en aide aux soldats et surtout pour épauler les organismes sociaux. Il fut recréer en 1940 également dans cet esprit mais aussi pour accroître l'aide apportée aux femmes de prisonniers. Mais ce fut surtout un bon instrument de propagande du Maréchal Pétain.

brochure éditée en 1941 par le SECOURS NATIONAL et destinée principalement aux femmes de prisonniers pour les conseiller dans la fabrication de conserves et leur donner des recettes de confiture sans emploi de sucre ordinaire puisqu'il manque. Il faut bien sûr savoir conserver les aliments pour l'hiver car le réfrigérateur et le congélateur n'existaient pas encore.

La vie quotidienne des français se caractérise par la pénurie. Entre 1940 et 1941, la liste des denrée rationnées s'est allongée. Après le pain, c'est le sucre, puis le beurre, puis la viande, le café, la charcuterie les oeufs, l'huile, le chocolat, le poisson frais, le lait et enfin les pommes de terre. La société de marché noir se met en place. Beaucoup de citadins se découvrent des "cousins" à la campagne : on troque de la matière grasse contre du tabac, du porc contre un blouson, un lapin contre un costume. Il a été institué des cartes d'alimentation qui ont perdurées bien après la guerre jusqu'à la fin des années 40 (voir chapitre concernant L'APRES-GUERRE et LA RECONSTRUCTION DE L'EGLISE).
Une Dame de Fillé m'a confié qu'un jour (à cette époque, elle était jeune mariée) elle était allée assez loin, à bicyclette, pour chercher du bois qu'elle avait enfin trouvé sous forme de planches qu'elle avait placées sur le porte-bagages arrière et bien sûr qui dépassaient largement le gabarit du vélo à tel point qu'un homme dans un champ à la Croix-Georgette, la voyant passer s'était exclamé : "Mais ce n'est pas un vélo ça ! c'est un avion !".
Pour les femmes surtout celles dont le mari est absent ( prisonnier) c'est le temps de la "débrouille", de la récupération de vieux pneus pour ressemeler les chaussures à la confection de salade au savon sans huile. Mais il fallait surtout "tenir le coup" malgré l'angoisse, l'attente : c'était la vie des femmes de prisonniers au quotidien.
Car, en effet, à la fin de la "drôle de guerre" beaucoup de nos soldats ont été capturés. Rien que pour notre village de FILLE - sauf erreur - dix sept filléens ont été répartis dans divers stalags et oflags en Allemagne. Ce furent pour une grande majorité d'entre-eux, cinq longues années d'une dure captivité et beaucoup de souffrances. Si, certains organismes renouvellaient fréquemment les démarches pour obtenir des autorités compétentes le retour des prisonniers dans leur foyer, le Comité Central d'Assistance aux Prisonniers en captivité relayés en cela par les comités locaux dans les communes était chargé de faire parvenir aux prisonniers de guerre des colis de nourriture.
Ci-dessous : document Archive MAIRIE DE FILLE = fiche établie par la MAIRIE pour chaque colis adressé à chaque prisonnier de guerre


Correspondance document privé : correspondance adressée par l'Employeur d'un prisonnier de guerre aux autorités allemandes afin d'obtenir son rapatriement = démarche non aboutie.
Ces colis étaient acheminés par la CROIX ROUGE et aussi grâce au gouvernement helvétique qui, dès le début des hostilités est intervenu auprès des belligérants pour faire parvenir des colis postaux aux prisonniers. Ceux-ci vivaient d'espérance et ces colis leur signifiaient que dans leur village on ne les "oubliait pas".
Je n'ai pas personnellement vécu cette période, étant née en 1946, mais j'étais moi aussi une fille de "K.G." qui s'est évadé deux fois durant sa captivité en Allemagne et, chaque fois repris, finalement expédié dans le camp disciplinaire de RAWA-RUSKA que CHURCHILL appelait "le camp de la mort lente". Si la plupart des allemands dans la population manifestement n'aidait pas les prisonniers dans leur évasion car mon père et son compagnon d'infortune ont été "cueillis" à la sortie d'un cinéma lors d'une évasion, par ailleurs, ils avaient trouvé bien en évidence, sur une poubelle, une boussole et une carte d'Allemagne ; signe qu'il y avait tout de même des gens parmi les allemands qui avaient une certaine sympathie pour les "K.G.". Mais voilà que je m'évade, moi aussi, revenons donc à la période d'occupation à FILLE.






Pendant la guerre, à FILLE comme ailleurs, certains acceptèrent leur sort, se résignèrent, d'autres ont relevé la tête et ont choisi de lutter contre la barbarie nazie. Certains parmi ces hommes et ces femmes à FILLE se sont comportés en véritables héros.
Aussi, n'oublions pas le rôle de Madame Hélène LE BIHAN dont le père, mécanicien, était installé en face de la Mairie. Elle a caché chez elle des résistants du réseau d'ETIVAL-EN-CHARNIE et des pilotes anglais.
Le 17 Juin 1944, les B-17 du 306th BG ayant décollé le matin même de la base aérienne anglaise de THURLEIGH sont chargés de bombarder massivement un pont ferroviaire enjambant la rivière "la Sarthe" à Noyen-sur-Sarthe. Le survol de la Manche se fit sans difficulté.
En revanche, le franchissement de la côte française fut plus délicate. L'appareil du pilote américain Joseph W. PEDERSEN fut endommagé par une flak allemande mais l'équipage décida néanmoins de poursuivre sa mission quand tout à coup, la forteresse volante s'enflamma au-dessus de la ville de Loué, celle-ci risquait donc d'exploser. Aussitôt les 9 membres de l'équipage sautèrent en parachute dans la région et furent tous sains et saufs. Le pilote du B-17 Joseph W. PEDERSEN trouva refuge à FILLE chez Madame Hélène LE BIHAN après avoir été hébergé successivement dans une ferme d'Auvers-le-Hamon et chez un barbier du Mans. Retourné ensuite au village d'Auvers-le-Hamon , Joseph W. PEDERSEN fut capturé le 25 Juillet 1944 ainsi que le barbier du Mans et son "hôte" d'Auvers-le-Hamon, dénoncés sans doute par un traître belge ayant infiltré les réseaux d'évasion de la région. Ils furent ensuite, tous les trois, envoyés en déportation au camp de BUCHENWALD où les deux hommes qui cachèrent le pilote (le fermier d'Auvers-le-Hamon et le barbier du Mans) trouvèrent la mort.
Quelques uns des compagnons du pilote de chasse qui formaient l'équipage du B-17 eurent plus de chance car ils réussirent à se cacher dans les fermes autour de Loué jusqu'au jour fatidique de la Libération. Quand à lui, Joseph W. PEDERSEN, il ne fut libéré qu'en 1945, il retourna alors aux USA où il décèda en 1986.

Avant la guerre, Jean de Maupéou est ordonné prêtre au Mans en 1933. Il est mobilisé en juin 1940 et en août, après la débâcle, il revient au Mans alors que six de ses frères sont prisonniers de guerre en Allemagne. Il est affecté au 14 de la rue du Docteur Leroy comme responsable de la Jeunesse Catholique et aumônier des scouts.
Progressivement, l'abbé Jean de Maupéou que ses camarades surnomment affectueusement "Le Pou" devient le père spirituel de ceux qui partagent son idéal de fraternité et de générosité. En avril 1943, il bénit le mariage en l'église de la Couture de deux chefs scouts Paul Marchal* et Kathleen Creenshaw qui refusent, eux aussi, d'abdiquer. Ensemble, ils pensent aux lendemains difficiles de ceux qui ne se résignent pas et préparent ainsi des provisions de vivres, de vêtements, des caches d'armes vers FILLE. Grâce au courage et au patriotisme de quelques filléens, Ils y trouvent également un refuge paisible dans les prairies du bord de Sarthe, près du manoir de la Beunêche pour des jeunes qui veulent échapper au STO. Malgré sa santé difficile, Jean de Maupéou distille une incroyable force morale. Il ne supporte vraiment pas la présence allemande et ses sermons en témoignent. Malheureusement, le 9 Décembre 1943, une traction noire s'en vient stationner devant le 14 de la rue du Docteur Leroy : la Gestapo l'arrête. De jeunes scouts voient disparaître leur aumônier dans la traction noire de la Gestapo : il a juste le temps de leur faire un léger signe de la main puis torturé, il sera jeté en prison vers 22 Heures. En Janvier 1944, ce sera un transfert vers le camp de Buchenwald puis Mauthausen et Ebensee, la pire annexe du camp de Mathausen où il meurt d'épuisement aux dernières heures de la guerre, dans la nuit du 23 au 24 Avril 1945. Il recevra la Légion d'honneur et la croix de guerre à titre posthume.
* Paul Marchal, professeur au Lycée Montesquieu, chef de clan scout à Notre Dame du Mans, fut déporté aussi à Buchenwald où il mourut le 17 Janvier 1945. Il reçu, également à titre posthume la Croix de Guerre avec palme, la Médaille de la Résistance et il est devenu Chevalier de la Légion d'Honneur.

Reconstitution de l'attaque de l'église lors de la Libération : les chars alliés embusqués sur le pont du canal (point de mire du clocher) déclenchent une série de tirs qui vont embraser l'église, puis le presbytère, etc...
Pendant que les alliés débarquent en Normandie le 6 Juin 1944, les services administratifs de l'armée de l'air allemande (la Lutwaffe) se replient de Saint-Brieuc sur FILLE où ils s'installent dans le Chateau du Gros Chesnay, à la Beunèche, ainsi qu'au chateau des Gesleries. Les allemands ont été surpris de trouver sur place et autour de la commune des nids de résistance.
Il faudra attendre le 7 Août 1944 pour voir enfin l'arrivée des troupes alliées à FILLE avec une colonne d'automitrailleuses et des chars Scherman, le soulagement est grand !
Jusqu'alors préservée des combats, la commune allait connaître ses premiers tirs...
Quand le 7 Août arrivèrent les américains : chez les allemands c'est la panique et le "sauve qui peut" mais on refuse de se rendre, alors aussitôt les premiers coups de feu vont éclater. Pendant trente à quarante minutes les escarmouches vont se succéder. Un allemand sera tué entre l'église et la Maison du Passeur, un autre dans la cour de l'ancien maréchal ferrand, un troisième dans les Gesleries, non loin du château qui sera incendié par l'occupant car il contenait d'importantes archives de l'armée allemande.
Madame Yvonne LETOURNEUR, passeur au bac du Moulin de la Beunêche au début du siècle, narrait en ces temes les évènements de la Libération de Fillé :
"Et puis brusquement c'est l'orage, une drôle de machine frappée d'une étoile surgit sur la route des Vignes..... le lendemain le clocher brûle.
Bientôt la pluie effacera les larmes et avec le soleil revenu, ce sera à nouveau le temps des moissons, du battage..."
La nuit du 7 au 8 Août 1944 sera parsemée de coups de feu isolés, du bruit du canon avec le combat de chars Sherman et Panzer de la Belle Etoile (route d'Angers). Dès le matin, des tirs se font entendre du côté de la chapelle du cimetière où un allemand s'est caché.
Mais l'évènement qui reste inscrit dans les mémoires de ceux qui ont vécu cette période dramatique est celui de
L'INCENDIE DE L'EGLISE
Arrivés à l'entrée du bourg, deux objectifs sont la priorité des libérateurs : le cimetière et le clocher de l'église où se sont réfugiés les "verts de gris".
En effet, quelqu'un aurait signalé aux troupes alliées que des allemands se seraient réfugiés dans le clocher de l'église. En voulant examiner les lieux, une personne aurait heurté une corde servant à actionner les cloches, l'alerte est donnée.

L'INCENDIE

Intérieur de l'église après l'incendie.

Le Père Couronne était curé de Fillé pendant les évènements de la Libération
Le voici, dans le jardin du presbytère qui sera détruit lors de l'incendie de l'église.
Une Commune : FILLE face à l'histoire
EXTRAIT DES CAHIERS DU MAINE LIBRE N° 2 D'OCTOBRE 1944
SOUVENIRS DE LA LIBERATION DE LA SARTHE FEU D'ARTIFICE A FILLE
Fillé, avant la guerre, était, dans la banlieue du Mans, un centre de tourisme "très couru". La Sarthe, ondoyante et capricieuse, y poétise les rives et les bois. De temps en temps un chaland passe. Chaque plage et chaque crique sont hantées par les pêcheurs, les Parisiens, les Manceaux et les Sarthois en liesse. On oublie les bruits de la grande ville et les soucis de chaque jour. Là tout n'est qu'ordre et beauté, et calme et bonheur...
Brusquement, ce paysage de paix est troublé par les bruits de la guerre. Il faut cependant attendre les derniers jours de l'occupation allemande au pays cénoman pour que ce coin de campagne, hors des routes stratégiques, retentisse du bruit des bottes. Pour peu de temps, heureusement....
Le 7 Août 1944, à 20 h 30, des tanks américains surgissent à l'improviste, sans que personne les attendent de ce côté de la petite route des Vignes. Les allemands cherchent à fuir. La fusillade éclate. De toutes parts se fait entendre le crépitement des mitrailleuses. Un tank américain, en batterie à l'entrée du canal, tire sur le clocher où se trouvent des allemands et le détruit partiellement.
Soudain, le feu se déclare dans des écuries garnies de foin et de paille et prend rapidement des proportions inquiétantes, car les balles qui sifflent sans arrêt rendent toute intervention impossible. Une lueur rouge éclaire le ciel. Une maison brûle route de Spay.
Les allemands mettent le feu au château des Gesleries.
Un certain nombre de soldats réussit à passer la rivière et à gagner les bois. Le calme renaît. Les habitants peuvent faire la chaîne et limiter les dégâts des incendies qui font rage.
La nuit relativement calme, reste inquiète : dix tonnes de munitions allemandes sont entreposées au centre du pays. La journée du lendemain est vécue dans l'espérance et dans l'attente. Mais à 18 h 30, la fusillade recommence....
Ce sont des allemands cachés dans les chapelles du cimetière qui viennent de nouveau d'ouvrir le feu. Les tanks ripostent. Et bientôt un léger nuage de fumée se dessine au sommet du clocher. Le feu ! Quelques instants plus tard, la flèche est embrasée.
Par bonheur, le vent souffle vers la rivière. Moments d'angoisse. Pourvu que le vent ne "tourne" pas ! Le clocher alors s'abattrait sur les maisons d'en face, pleines de munitions.
Le feu gagne la toiture, l'église entière, le presbytère. Un bruit lugubre et sourd : les cloches tombent.
Elles ne sonneront pas, ce soir, l'annonce de la Libération. Mais la joie chantera au coeur des habitants, car il y a des ruines sans doute au village charmant, presque toutes les maisons portent des traces de la bataille, mais tous se retrouvent, saufs, et libres !...


Extèrieur de l'église après l'incendie du 8 août 1944

Les allemands avaient occupé le château des Gesleries qu'ils vont incendier avant de prendre la fuite car il contenait d'importantes archives de l'armée allemande.
Après cette guerre, quatre nouveaux noms s'inscriront sur le monument aux morts inauguré en 1923 et qui se trouve à l'entrée du cimetière : quatre jeune filléens ont fait le sacrifice de leur vie pour notre Liberté !

plaque apposée à l'entrée de la rue de la Libération et retirée fin des années 90 afin qu'elle ne subisse pas de dégradations

- Concernant les actes de résistance et
plus particulièrement Mme Hélène LE BIHAN, certaines
sources d'information sont empruntées au site :
pagesperso-orange.fr/forcedandling/pedersen
- Concernant les résistants de la Jeunesse Catholique :
sources bibliographiques =
100 visages de la résistance et de la déportation en Sarthe de Joseph Estevès
et article sur Soeur C. Berbigier de la VIE MANCELLE ET SARTHOISE d'Avril 2009.
- photos de l'incendie de l'église et de l'abbé Couronne : archives de la paroisse de Fillé
- concernant le récit du cahier du Maine Libre n° 2 d'Octobre 1944 :
"FILLE, une commune face à l'histoire" = cahier de ma collection privée
- concernant le récit des évènements de la Libération de Fillé : récit de Monsieur René GAIGNON rapporté au moment du cinquantenaire de la Libération.
- concernant la narration des évènements par Madame LETOURNEUR :
sources empruntées lors de l'exposition qui a eu lieue en Janvier 1987 à FILLE :
"FILLE D'HIER et d'AUJOURDHUI" organisée par le Comité d'Animation de l'époque.

Un an auparavant, après de nombreux ballets diplomatiques, Chamberlain et Daladier avaient signé les accords de Munich en présence d'Hitler et de Mussolini ce qui mettait fin à la crise des Sudètes et indirectement scellait la mort de la Tchékoslovaquie en tant qu'état indépendant. Cet honteux compromis fit dire par Wiston Churchill : "Ils ont accepté le déshonneur pour avoir la paix mais non seulement ils auront le déshonneur mais ils auront aussi la guerre." Ce qu'il prédit arriva : le 3 Septembre 1939, Londres et Paris déclarèrent la guerre à l'Allemagne suite à l'invasion de la Pologne, le 1er Septembre, par les troupes allemandes.
Après une drôle de guerre de huit mois, l'Allemagne déclenche son offensive sur les pays du nord de l'Europe du nord puis ensuite sur la Belgique et la France. Hélas, on assiste à l'effondrement total de la ligne de défense française et la défaite est inévitable : le front étant totalement disloqué, les allemands envahissent la Belgique et le Nord en quelques jours. Le gouvernement français lance un appel desespéré aux Britanniques pour avoir un appui aérien et une escadrille anglaise est enfin transférée au Mans dans la journée du 8 Juin.
Succombant à un "sauve qui peut" collectif, les populations du Nord et de l'est de la France ainsi que de la Belgique se jetèrent sur les routes de l'exode et se heurtèrent pour la plupart au franchissement des ponts sur la Loire ajoutant leur panique à celle de la débâcle des soldats français.
Je me souviens de récits que m'avait confiés ma mère qui avait été témoin de scènes très pénibles alors qu'elle était serveuse au restaurant "Le Pigeon d'Or" aux Ponts-de-Cé, ville où se trouvait un pont stratégique sur la Loire. De nombreux réfugiés avaient envahi l'établisssement et les personnes qui y étaient employées n'arrivaient plus à faire face devant ce flot humain dont certains venus de Hollande et de Belgique et du Nord de la France ; qui ne réclamaient souvent qu'un verre d'eau mais tellement desemparés étaient devenus agressifs pour certains devant le danger, la peur et aussi la souffrance.

Dessin de Christiane Choisnet
Départ dans la précipitation, exode pour des millions de gens... vers où ??
C'est ainsi que le 14 Juin, les troupes allemandes entrèrent dans un Paris désert, déclaré "ville ouverte" et le peu de parisiens qui restaient assistèrent à des "images choc" : le défilé des troupes allemandes sur les Champs Elysées, le drapeau à la croix gammée flottant sous l'arc de triomphe.
Le gouvernement de Pétain est prêt à capituler et après l'armistice signé le 22 Juin, la plupart des malheureux évacués rejoignirent leur domicile mais, néanmoins, cent mille d'entre-eux périrent sous le mitraillage des routes.
Le gouvernement de Pétain est prêt à capituler et après l'armistice signé le 22 Juin, la plupart des malheureux évacués rejoignirent leur domicile mais, néanmoins, cent mille d'entre-eux périrent sous le mitraillage des routes.
Les populations civiles ont payé un lourd tribut à la guerre surtout après le débarquement le 6 Juin 1944 en Normandie. Des villes entières furent rasées.
Monsieur BEUNARDEAU eut la lourde charge de gèrer la commune pendant la guerre.
Il était invalide de la première guerre. Il était conseiller général, Chevalier de la Légion d'Honneur, Croix de Guerre et médaillé militaire. Il avait été élu Maire le 19.05.1929, réelu en 1935, en 1941 et en 1947 après la Libération. Il mourut le soir de Noel 1951 suite à un malaise pendant la messe de Minuit.

illustration empruntée à image perso-orange.fr
Fin des années 30, pourtant, le temps des Loisirs chèrement acquis avait commencé : après des années de grèves et d'agitation sociale, les travailleurs français atteignirent leur but : 40 heures de travail par semaine et deux semaines de congés payés pour chacun. Cependant, le train était cher et l'automobile restait du domaine du "rêve".
Des dizaines de milliers d'entre-eux choisirent la bicyclette et une vague turbulante déferla sur le cyclotourisme qui devint très populaire. Ainsi commença l'âge d'or des bicyclettes artisanales.
Mais, hélas, l'invasion allemande en 1940 devait bouleverser la vie quotidienne des français. En dépit de la rigueur du temps, la production continua à une moindre échelle et la bicyclette devint plus un moyen de transport qu'un équipement sportif. Beaucoup de cyclotouristes citadins en profitèrent pour battre la campagne à la recherche de produits fermiers pour se nourrir. Certains manceaux se procurèrent des victuailles ches nos paysans de FILLE. Et la demande de bicyclettes devenait supérieure à la production ; il fut institué un formulaire destiné à la Préfecture pour ceux dont l'utilisation de la bicyclette constituait un moyen de transport pour se rendre au travail.

photo sur archive municipale

Soldats du 97° RAD le long du canal ci-dessous et ... ci-dessus sous le pont du canal
En mars 1940, l'un de ces soldats écrivait à sa mère : "Espérons que la guerre sera bientôt finie et que nous n'en reparlerons plus. Ici, les alertes ne sont pas trop nombreuses, c'est un secteur calme mais vois-tu la vie est bien bizarre parfois et cette fois-ci, je ne suis pas encore en veine puisque l'on repart ou ? mystère..."

Lors de la soirée du 8 Mars 1991 à la MTL, nous avons pû entendre le reportage enregistré et présenté par René GAIGNON avec l'Abbé Baron qui fut curé de Fillé après-guerre, reportage retranscrit sur "LA ROUE TOURNE", le bulletin communal d'Octobre 1991. A notre grande surprise, nous avons appris que l'abbé BARON faisait partie des soldats du 97 Régime d'Artillerie Divisionnaire dispersé à Fillé. Mais voici, un extrait de cet interview du 12 Février 1990 présenté en 1991 :
- R.G. : "Nous recevons M. l'Abbé BARON qui va évoquer ses souvenirs de FILLE SUR SARTHE"
- Abbé Baron : "Celui qui vous parle en ce 12 Février 1990 chez Monsieur GAIGNON aux Gesleries de FILLE est un aumonier retraité du Centre Hospitalier du Mans. Il fut le curé de la paroisse du 17 Septembre 1950 au 6 Juin 1958 et chargé, par Monseigneur GRENTE, son évèque, de la restauration de l'église incendiée malencontreusement, lors de la Libération par les troupes américaines du Général Patton, le mardi 8 Août 1944.
C'est tout une histoire, une histoire passionnante..."
- R.G. "Comment avez-vous connu FILLE ?"
- Abbé Baron : "FILLE, j'en avais entendu parler quand j'étais jeune car ce petit pays avait la réputation d'être un lieu de villégiature, de promenade et surtout de pêche. Les amateurs de pêche, en effet, aimaient partir du MANS, par le "petit tacot", le tramway départemental, à FILLE. C'est tout ce que j'en savais, si ce n'est qu'une fois pour y être passé, enfant, en promenade, par ce même tacot avec le patronage du Tertre Saint-Laurent. Mais le souvenir en restait vague et peu précis..
Par contre, un évènement y aura marqué ma vie. Il y aura de cela cinquante ans le premier Mars prochain, un régime d'artillerie hippomobile était rassemblé à LA SUZE pour se disperser dans des communes voisines. Ce Régiment était le 97ème Régiment d'Artillerie Divisionnaire (97° R.A.D.). Le même jour, s'installaient à FILLE, au château du Gros Chesnay, l'Etat Major, puis au bourg, la Batterie Hors Rang (B.H.R.), enfin, au-delà du canal, la 9ème Batterie.
C'est ainsi que séminariste-soldat, j'allais loger le soir même, dans la maison natale de Monseigneur Julien GOUET, à la "Pelouse" inoccupée à ce moment-là.
J'y restais une dizaine de jours avant de trouver gîte, avec mes camarades, dans d'autres maisons des "Iles" où étaient installé le Poste de Commandement (P.C.) du Capitaine qui était alors le lieutenant André Boulle. Cela dura jusqu'au 25 Mai 1940.
Il n'est pas banal que, dix ans plus tard, ce séminariste-soldat devenu prêtre en 1944, trois jours avant le débarquement des alliés en Normandie, soit désigné comme curé de la paroisse. Mais cela s'explique assez bien : ses liens avec FILLE n'avaient pas cessé. En effet, le dimanche, pendant la "drôle de guerre", donnait l'occasion aux militaires de rencontrer le curé d'alors, l'abbé COURONNE, et, pour plusieurs séminaristes-soldats, de venir le saluer après la messe, d'être reçus par lui et de bien le connaître. D'autant plus qu'au retour de la guerre, après l'armistice, lors de l'Occupation, le séminariste-soldat libéré des obligations militaires est venu, à plusieurs reprises, à vélo du Grand Séminaire du Mans au presbytère de Fillé. Grâce à Monseigneur Julien GOUET, un ravitaillement bien précieux pour des jeunes démunis de nourriture à l'époque était préparé soigneusement et déposé par le boucher, Monsieur TRIBOTTE et le boulanger, Monsieur LELASSEUX...".

Affiche informant le public qu'il était interdit d'écouter les émissions de la radio anglaise.
La CRF s'est employée aussi à venir en aide aux enfants necéssiteux ainsi qu'aux civils dans les camps mais en 1942 a été supplantée dans ses actions par la volonté exprimée par VICHY de la marginaliser au profit de structures plus instrumentalisables comme LE SECOURS NATIONAL. Cet organisme avait été créé en 1914 pour venir en aide aux soldats et surtout pour épauler les organismes sociaux. Il fut recréer en 1940 également dans cet esprit mais aussi pour accroître l'aide apportée aux femmes de prisonniers. Mais ce fut surtout un bon instrument de propagande du Maréchal Pétain.

document personnel
document personnel
brochure éditée en 1941 par le SECOURS NATIONAL et destinée principalement aux femmes de prisonniers pour les conseiller dans la fabrication de conserves et leur donner des recettes de confiture sans emploi de sucre ordinaire puisqu'il manque. Il faut bien sûr savoir conserver les aliments pour l'hiver car le réfrigérateur et le congélateur n'existaient pas encore.

La vie quotidienne des français se caractérise par la pénurie. Entre 1940 et 1941, la liste des denrée rationnées s'est allongée. Après le pain, c'est le sucre, puis le beurre, puis la viande, le café, la charcuterie les oeufs, l'huile, le chocolat, le poisson frais, le lait et enfin les pommes de terre. La société de marché noir se met en place. Beaucoup de citadins se découvrent des "cousins" à la campagne : on troque de la matière grasse contre du tabac, du porc contre un blouson, un lapin contre un costume. Il a été institué des cartes d'alimentation qui ont perdurées bien après la guerre jusqu'à la fin des années 40 (voir chapitre concernant L'APRES-GUERRE et LA RECONSTRUCTION DE L'EGLISE).
Une Dame de Fillé m'a confié qu'un jour (à cette époque, elle était jeune mariée) elle était allée assez loin, à bicyclette, pour chercher du bois qu'elle avait enfin trouvé sous forme de planches qu'elle avait placées sur le porte-bagages arrière et bien sûr qui dépassaient largement le gabarit du vélo à tel point qu'un homme dans un champ à la Croix-Georgette, la voyant passer s'était exclamé : "Mais ce n'est pas un vélo ça ! c'est un avion !".
Pour les femmes surtout celles dont le mari est absent ( prisonnier) c'est le temps de la "débrouille", de la récupération de vieux pneus pour ressemeler les chaussures à la confection de salade au savon sans huile. Mais il fallait surtout "tenir le coup" malgré l'angoisse, l'attente : c'était la vie des femmes de prisonniers au quotidien.
Car, en effet, à la fin de la "drôle de guerre" beaucoup de nos soldats ont été capturés. Rien que pour notre village de FILLE - sauf erreur - dix sept filléens ont été répartis dans divers stalags et oflags en Allemagne. Ce furent pour une grande majorité d'entre-eux, cinq longues années d'une dure captivité et beaucoup de souffrances. Si, certains organismes renouvellaient fréquemment les démarches pour obtenir des autorités compétentes le retour des prisonniers dans leur foyer, le Comité Central d'Assistance aux Prisonniers en captivité relayés en cela par les comités locaux dans les communes était chargé de faire parvenir aux prisonniers de guerre des colis de nourriture.
Ci-dessous : document Archive MAIRIE DE FILLE = fiche établie par la MAIRIE pour chaque colis adressé à chaque prisonnier de guerre


Correspondance document privé : correspondance adressée par l'Employeur d'un prisonnier de guerre aux autorités allemandes afin d'obtenir son rapatriement = démarche non aboutie.
Ces colis étaient acheminés par la CROIX ROUGE et aussi grâce au gouvernement helvétique qui, dès le début des hostilités est intervenu auprès des belligérants pour faire parvenir des colis postaux aux prisonniers. Ceux-ci vivaient d'espérance et ces colis leur signifiaient que dans leur village on ne les "oubliait pas".
Je n'ai pas personnellement vécu cette période, étant née en 1946, mais j'étais moi aussi une fille de "K.G." qui s'est évadé deux fois durant sa captivité en Allemagne et, chaque fois repris, finalement expédié dans le camp disciplinaire de RAWA-RUSKA que CHURCHILL appelait "le camp de la mort lente". Si la plupart des allemands dans la population manifestement n'aidait pas les prisonniers dans leur évasion car mon père et son compagnon d'infortune ont été "cueillis" à la sortie d'un cinéma lors d'une évasion, par ailleurs, ils avaient trouvé bien en évidence, sur une poubelle, une boussole et une carte d'Allemagne ; signe qu'il y avait tout de même des gens parmi les allemands qui avaient une certaine sympathie pour les "K.G.". Mais voilà que je m'évade, moi aussi, revenons donc à la période d'occupation à FILLE.






Pendant la guerre, à FILLE comme ailleurs, certains acceptèrent leur sort, se résignèrent, d'autres ont relevé la tête et ont choisi de lutter contre la barbarie nazie. Certains parmi ces hommes et ces femmes à FILLE se sont comportés en véritables héros.
Aussi, n'oublions pas le rôle de Madame Hélène LE BIHAN dont le père, mécanicien, était installé en face de la Mairie. Elle a caché chez elle des résistants du réseau d'ETIVAL-EN-CHARNIE et des pilotes anglais.
Le 17 Juin 1944, les B-17 du 306th BG ayant décollé le matin même de la base aérienne anglaise de THURLEIGH sont chargés de bombarder massivement un pont ferroviaire enjambant la rivière "la Sarthe" à Noyen-sur-Sarthe. Le survol de la Manche se fit sans difficulté.
En revanche, le franchissement de la côte française fut plus délicate. L'appareil du pilote américain Joseph W. PEDERSEN fut endommagé par une flak allemande mais l'équipage décida néanmoins de poursuivre sa mission quand tout à coup, la forteresse volante s'enflamma au-dessus de la ville de Loué, celle-ci risquait donc d'exploser. Aussitôt les 9 membres de l'équipage sautèrent en parachute dans la région et furent tous sains et saufs. Le pilote du B-17 Joseph W. PEDERSEN trouva refuge à FILLE chez Madame Hélène LE BIHAN après avoir été hébergé successivement dans une ferme d'Auvers-le-Hamon et chez un barbier du Mans. Retourné ensuite au village d'Auvers-le-Hamon , Joseph W. PEDERSEN fut capturé le 25 Juillet 1944 ainsi que le barbier du Mans et son "hôte" d'Auvers-le-Hamon, dénoncés sans doute par un traître belge ayant infiltré les réseaux d'évasion de la région. Ils furent ensuite, tous les trois, envoyés en déportation au camp de BUCHENWALD où les deux hommes qui cachèrent le pilote (le fermier d'Auvers-le-Hamon et le barbier du Mans) trouvèrent la mort.
Quelques uns des compagnons du pilote de chasse qui formaient l'équipage du B-17 eurent plus de chance car ils réussirent à se cacher dans les fermes autour de Loué jusqu'au jour fatidique de la Libération. Quand à lui, Joseph W. PEDERSEN, il ne fut libéré qu'en 1945, il retourna alors aux USA où il décèda en 1986.

Avant la guerre, Jean de Maupéou est ordonné prêtre au Mans en 1933. Il est mobilisé en juin 1940 et en août, après la débâcle, il revient au Mans alors que six de ses frères sont prisonniers de guerre en Allemagne. Il est affecté au 14 de la rue du Docteur Leroy comme responsable de la Jeunesse Catholique et aumônier des scouts.
Progressivement, l'abbé Jean de Maupéou que ses camarades surnomment affectueusement "Le Pou" devient le père spirituel de ceux qui partagent son idéal de fraternité et de générosité. En avril 1943, il bénit le mariage en l'église de la Couture de deux chefs scouts Paul Marchal* et Kathleen Creenshaw qui refusent, eux aussi, d'abdiquer. Ensemble, ils pensent aux lendemains difficiles de ceux qui ne se résignent pas et préparent ainsi des provisions de vivres, de vêtements, des caches d'armes vers FILLE. Grâce au courage et au patriotisme de quelques filléens, Ils y trouvent également un refuge paisible dans les prairies du bord de Sarthe, près du manoir de la Beunêche pour des jeunes qui veulent échapper au STO. Malgré sa santé difficile, Jean de Maupéou distille une incroyable force morale. Il ne supporte vraiment pas la présence allemande et ses sermons en témoignent. Malheureusement, le 9 Décembre 1943, une traction noire s'en vient stationner devant le 14 de la rue du Docteur Leroy : la Gestapo l'arrête. De jeunes scouts voient disparaître leur aumônier dans la traction noire de la Gestapo : il a juste le temps de leur faire un léger signe de la main puis torturé, il sera jeté en prison vers 22 Heures. En Janvier 1944, ce sera un transfert vers le camp de Buchenwald puis Mauthausen et Ebensee, la pire annexe du camp de Mathausen où il meurt d'épuisement aux dernières heures de la guerre, dans la nuit du 23 au 24 Avril 1945. Il recevra la Légion d'honneur et la croix de guerre à titre posthume.
* Paul Marchal, professeur au Lycée Montesquieu, chef de clan scout à Notre Dame du Mans, fut déporté aussi à Buchenwald où il mourut le 17 Janvier 1945. Il reçu, également à titre posthume la Croix de Guerre avec palme, la Médaille de la Résistance et il est devenu Chevalier de la Légion d'Honneur.

photo collection particulière
Reconstitution de l'attaque de l'église lors de la Libération : les chars alliés embusqués sur le pont du canal (point de mire du clocher) déclenchent une série de tirs qui vont embraser l'église, puis le presbytère, etc...
Pendant que les alliés débarquent en Normandie le 6 Juin 1944, les services administratifs de l'armée de l'air allemande (la Lutwaffe) se replient de Saint-Brieuc sur FILLE où ils s'installent dans le Chateau du Gros Chesnay, à la Beunèche, ainsi qu'au chateau des Gesleries. Les allemands ont été surpris de trouver sur place et autour de la commune des nids de résistance.
Entre le débarquement des alliés et la libération c'est-à-dire, pendant près de deux mois, les habitants de la commune vont subir le couvre-feu de 23 heures à 6 heures du matin, le contrôle des requis et les perquisitions policières.
Il faudra attendre le 7 Août 1944 pour voir enfin l'arrivée des troupes alliées à FILLE avec une colonne d'automitrailleuses et des chars Scherman, le soulagement est grand !
Jusqu'alors préservée des combats, la commune allait connaître ses premiers tirs...
Quand le 7 Août arrivèrent les américains : chez les allemands c'est la panique et le "sauve qui peut" mais on refuse de se rendre, alors aussitôt les premiers coups de feu vont éclater. Pendant trente à quarante minutes les escarmouches vont se succéder. Un allemand sera tué entre l'église et la Maison du Passeur, un autre dans la cour de l'ancien maréchal ferrand, un troisième dans les Gesleries, non loin du château qui sera incendié par l'occupant car il contenait d'importantes archives de l'armée allemande.
Madame Yvonne LETOURNEUR, passeur au bac du Moulin de la Beunêche au début du siècle, narrait en ces temes les évènements de la Libération de Fillé :
"Et puis brusquement c'est l'orage, une drôle de machine frappée d'une étoile surgit sur la route des Vignes..... le lendemain le clocher brûle.
Bientôt la pluie effacera les larmes et avec le soleil revenu, ce sera à nouveau le temps des moissons, du battage..."
La nuit du 7 au 8 Août 1944 sera parsemée de coups de feu isolés, du bruit du canon avec le combat de chars Sherman et Panzer de la Belle Etoile (route d'Angers). Dès le matin, des tirs se font entendre du côté de la chapelle du cimetière où un allemand s'est caché.
Mais l'évènement qui reste inscrit dans les mémoires de ceux qui ont vécu cette période dramatique est celui de
L'INCENDIE DE L'EGLISE
Arrivés à l'entrée du bourg, deux objectifs sont la priorité des libérateurs : le cimetière et le clocher de l'église où se sont réfugiés les "verts de gris".
En effet, quelqu'un aurait signalé aux troupes alliées que des allemands se seraient réfugiés dans le clocher de l'église. En voulant examiner les lieux, une personne aurait heurté une corde servant à actionner les cloches, l'alerte est donnée.
Rapidement, un char allié se met en position de tir : embusqué sur le pont du canal, il décoche une rafale sur le clocher de l'église qui prend feu. L'église s'embrase en un éclair et le clocher s'écroule du côté de la rivière. Cette précision a son importance car de l'autre côté, face à l'église il y avait un dépôt de munitions !
L'intervention rapide des habitants qui font la chaîne évitera que le feu se propage dans le bourg mais du presbytère attenant qui se trouvait à l'emplacement de la cantine actuelle, il ne restera rien. Un autre sera reconstruit mais de l'autre côté, près de l'école privée.
Petit à petit le calme revient : ainsi finit la guerre à Fillé...
L'intervention rapide des habitants qui font la chaîne évitera que le feu se propage dans le bourg mais du presbytère attenant qui se trouvait à l'emplacement de la cantine actuelle, il ne restera rien. Un autre sera reconstruit mais de l'autre côté, près de l'école privée.
Petit à petit le calme revient : ainsi finit la guerre à Fillé...

L'INCENDIE

Intérieur de l'église après l'incendie.

Le Père Couronne était curé de Fillé pendant les évènements de la Libération
Le voici, dans le jardin du presbytère qui sera détruit lors de l'incendie de l'église.
Une Commune : FILLE face à l'histoire
EXTRAIT DES CAHIERS DU MAINE LIBRE N° 2 D'OCTOBRE 1944
SOUVENIRS DE LA LIBERATION DE LA SARTHE FEU D'ARTIFICE A FILLE
Fillé, avant la guerre, était, dans la banlieue du Mans, un centre de tourisme "très couru". La Sarthe, ondoyante et capricieuse, y poétise les rives et les bois. De temps en temps un chaland passe. Chaque plage et chaque crique sont hantées par les pêcheurs, les Parisiens, les Manceaux et les Sarthois en liesse. On oublie les bruits de la grande ville et les soucis de chaque jour. Là tout n'est qu'ordre et beauté, et calme et bonheur...
Brusquement, ce paysage de paix est troublé par les bruits de la guerre. Il faut cependant attendre les derniers jours de l'occupation allemande au pays cénoman pour que ce coin de campagne, hors des routes stratégiques, retentisse du bruit des bottes. Pour peu de temps, heureusement....
Le 7 Août 1944, à 20 h 30, des tanks américains surgissent à l'improviste, sans que personne les attendent de ce côté de la petite route des Vignes. Les allemands cherchent à fuir. La fusillade éclate. De toutes parts se fait entendre le crépitement des mitrailleuses. Un tank américain, en batterie à l'entrée du canal, tire sur le clocher où se trouvent des allemands et le détruit partiellement.
Soudain, le feu se déclare dans des écuries garnies de foin et de paille et prend rapidement des proportions inquiétantes, car les balles qui sifflent sans arrêt rendent toute intervention impossible. Une lueur rouge éclaire le ciel. Une maison brûle route de Spay.
Les allemands mettent le feu au château des Gesleries.
Un certain nombre de soldats réussit à passer la rivière et à gagner les bois. Le calme renaît. Les habitants peuvent faire la chaîne et limiter les dégâts des incendies qui font rage.
La nuit relativement calme, reste inquiète : dix tonnes de munitions allemandes sont entreposées au centre du pays. La journée du lendemain est vécue dans l'espérance et dans l'attente. Mais à 18 h 30, la fusillade recommence....
Ce sont des allemands cachés dans les chapelles du cimetière qui viennent de nouveau d'ouvrir le feu. Les tanks ripostent. Et bientôt un léger nuage de fumée se dessine au sommet du clocher. Le feu ! Quelques instants plus tard, la flèche est embrasée.
Par bonheur, le vent souffle vers la rivière. Moments d'angoisse. Pourvu que le vent ne "tourne" pas ! Le clocher alors s'abattrait sur les maisons d'en face, pleines de munitions.
Le feu gagne la toiture, l'église entière, le presbytère. Un bruit lugubre et sourd : les cloches tombent.
Elles ne sonneront pas, ce soir, l'annonce de la Libération. Mais la joie chantera au coeur des habitants, car il y a des ruines sans doute au village charmant, presque toutes les maisons portent des traces de la bataille, mais tous se retrouvent, saufs, et libres !...


Extèrieur de l'église après l'incendie du 8 août 1944

photo collection personnelle
Les allemands avaient occupé le château des Gesleries qu'ils vont incendier avant de prendre la fuite car il contenait d'importantes archives de l'armée allemande.
Après cette guerre, quatre nouveaux noms s'inscriront sur le monument aux morts inauguré en 1923 et qui se trouve à l'entrée du cimetière : quatre jeune filléens ont fait le sacrifice de leur vie pour notre Liberté !

plaque apposée à l'entrée de la rue de la Libération et retirée fin des années 90 afin qu'elle ne subisse pas de dégradations

Pastel de l'église exécuté par Frédéric PIQUET
- Concernant les actes de résistance et
plus particulièrement Mme Hélène LE BIHAN, certaines
sources d'information sont empruntées au site :
pagesperso-orange.fr/forcedandling/pedersen
- Concernant les résistants de la Jeunesse Catholique :
sources bibliographiques =
100 visages de la résistance et de la déportation en Sarthe de Joseph Estevès
et article sur Soeur C. Berbigier de la VIE MANCELLE ET SARTHOISE d'Avril 2009.
- photos de l'incendie de l'église et de l'abbé Couronne : archives de la paroisse de Fillé
- concernant le récit du cahier du Maine Libre n° 2 d'Octobre 1944 :
"FILLE, une commune face à l'histoire" = cahier de ma collection privée
- concernant le récit des évènements de la Libération de Fillé : récit de Monsieur René GAIGNON rapporté au moment du cinquantenaire de la Libération.
- concernant la narration des évènements par Madame LETOURNEUR :
sources empruntées lors de l'exposition qui a eu lieue en Janvier 1987 à FILLE :
"FILLE D'HIER et d'AUJOURDHUI" organisée par le Comité d'Animation de l'époque.
30 Mar 2008