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L'APRES-GUERRE ET LA RECONSTRUCTION DE L'EGLISE

photo collection personnelle





Une vue de l'église sans le clocher


En 1945, après cinq ans de captivité, c'est le retour au pays d'un million de prisonniers emmenés en Allemagne à l'été 40. C'est le retour aussi des requis du STO et des  déportés mais pour ce qui en est de ces derniers, tous malheureusement ne rentreront pas des camps car effectivement entre ces trois catégories, le sort qui leur a été réservé en Allemagne n'était pas le même. Beaucoup de prisonniers n'ignorent pas que la privation de la liberté, l'humiliation, la faim qu'ils ont endurées étaient sans commune mesure avec les souffrances qu'ont connues les déportés aussi, après la joie des retrouvailles et ignorants des conditions d'existence pendant ces cinq années de leur pays libéré, le premier contact avec la France retrouvée n'est pas toujours à la hauteur de ce qu'ils avaient imaginé dans leur exil prolongé. Chacun à sa manière essaie de reprendre goût à la vie en oubliant les privations ...





Et déjà, au sortir de la deuxième guerre mondiale, notre empire vacille en Indochine, les combats
sont terribles et la France subit en 1954 une défaite ressentie comme une profonde humiliation : DIEN BIEN PHU. A FILLE, sur le monument, hélas, s'inscrit un nouveau nom.

Les départements de la Basse Normandie, voisins du nôtre, garderont à jamais les souvenirs tragiques des combats qui ont eut lieu pendant l'été 1944 pour recouvrir la Liberté mais rapidement les villes meurtries se relèvent des ruines et, petit à petit, apparaissent des quartiers modernes à Caen, Saint-Lô etc...

Photo prise en 1948 : intérieur de la salle du bar de l'Hotel du Progrès situé à l'entrée du bourg face à l'église (actuellement bar de l'embarcadère).



Les titres d'alimentation qui ont été délivré dès 1940 ont perduré jusque vers le milieu de l'année 1948. Les Maires recevaient du Haut Commissariat à la Consommation des instructions relatives à la mise en place et la distribution de ces tickets de rationnement remis à la population en échange des coupons.

Il y avait des feuilles de coupons de toutes sortes, des tickets de pains, de pâtes et de fromage, des tickets de viande, des feuilles de denrées diverses, des cartes de lait, de vin, des bons de chaussures, de bottes... Ceux qui ont connu cette période de restrictions quand on voit l'abondance de toute sortes de produits de consommation dans les étals de nos supermarchés aujourd'hui.

Bref, il y avait des suppléments alloués aux femmes enceintes, aux femmes allaitantes en lait viandes, sucre, pâtes, aux grands mutilés (supplément de sucre, pâtes et vins), aux familles nombreuses, aux réfugiés allocataires (supplément de pain et de matières grasses), aux déportés politiques rapatriés (supplément de lait, viande, pain et sucre).

Alors le secrétaire de mairie était dans l'obligation de tenir plusieurs registres sur lequel il inscrivait les noms des consommateurs selon les denrées qui leur étaient réservées ainsi que sa catégorie car la population française était divisée en sept catégories et en fonction chacun recevait une carte spécifique.
La catégorie E correspondait aux enfants, J1 jusqu'à 6 ans révolus, J2 de 6 à 12 ans, J3 pour les adolescents jusqu'à 21 ans et les femmes enceintes, A pour les adultes sans travail de force, T pour les travailleurs de force et C à partir de 12 ans sans limite d'âge pour les travaux agricoles.

Ainsi il y avait un registre pour la distribution des detersifs (savon) contre remise de tickets, il y avait le registre des cartes de textiles sur lesquels s'inscrivaient les n°s des cartes d'alimentation, date de délivrance, les nom et prénoms des personnes ainsi que la catégorie de la personne désignée. Il y avait le registre pour la délivrance de chaussures, de bottes, de vêtements et bien sûr de ravitaillement. C'était une vraie comptabilité.





documents privés


On l'a vu donc dans l'article consacré à la guerre de 1939/45 que pendant cette période la Mairie s'occupait également des colis adressés aux prisonniers de guerre en collaboration avec le comité central d'assistance aux prisonniers qui se chargeait ensuite de les transmettre au prisonnier concerné.

Monsieur SOYER qui fut instituteur puis directeur de l'école entre 1945 et 1980 nous conta dans la ROUE TOURNE de l'année 1983 :

"LES MEMOIRES D'UN SECRETAIRE DE MAIRIE"




"Nommé instituteur au début de 1945 puis secrétaire de mairie l'année suivante, j'ai passé pratiquement toute ma vie active dans cette commune et ceci pour une raison très simple, nous avons trouvé à FILLE ce qui est essentiel dans la vie pour fonder une famille : le bonheur.

Bonheur dû à la vie calme dans un village agréable et bien situé, à la connaissance de tous les habitants qui sont devenus au fil des années des amis, à l'exercice d'une double profession attachante : celle d'instituteur qui a enseigné à deux générations d'enfants de FILLE et celle de secrétaire de mairie, au service des besoins d'une commune rurale et de ses habitants. 


Et pourtant tout n'était pas rose pour un jeune ménage qui "débarquait" à Fillé en plein hiver 1945, sans connaître personne et alors que la guerre n'était pas terminée. Mais très vite, le chaleureux accueil des habitants et des voisins nous réconforta. Malgré les difficultés de la vie professionnelle (classe unique groupant tous les garçons de 5 à 14 ans) et de la vie tout court (elle était "dure" pour tous à l'époque et soumise à un rationnement rigoureux).

Nous nous sentions heureux car nous étions libres et débarrassés des hantises de la guerre.

Je garde le souvenir de la Mairie d'alors, vétuste sans doute mais il n'y en avait guère de modernes, du petit train poussif qui permettait d'aller au Mans (c'était au moins, déjà, un moyen de transport...), des invitations consistant à veiller dans les familles et de la fameuse fête de la Libération, au mois d'août.

A cette époque, la population était essentiellement agricole et je me souviens de tous ces enfants venus de loin, à pied, souvent en gros sabots de bois, le maigre déjeuner dans le sac, car la cantine n'existait pas : le repas se passait à l'école le plus souvent.

Quant au travail de mairie, ma femme et moi passions le plus clair de notre temps à comptabiliser et à distribuer les tickets de rationnement ce qui dura encore quelques années après la fin de la guerre. Un peu plus tard dans les années 1952/53, ce fut la reconstruction de l'église et du presbytère détruits à la Libération ce qui constitua la tâche la plus importante de la municipalité d'alors.

Puis, peu à peu, lentement mais inexorablement, la vie à FILLE se transforma : les activités professionnelles se portèrent vers LE MANS alors que la campagne perdait sa main d'oeuvre. Dans ma classe, au début, presque tous mes élèves étaient issus du milieu agricole ; à la fin, il n'en restait plus.

Parallèlement, après 1960, commencèrent à s'installer des familles venues du Mans ou de la périphérie. Les Gesleries, la route des Vignes se peuplèrent et les sapins du Pierre Aube virent pousser des maisons entre-eux. En l'espace d'une quinzaine d'années, au rythme moyen d'une douzaine de maisons par an, c'était une nouvelle population qui venait s'ajouter à l'ancienne. L'amalgame se fit lentement, sans problèmes et le secrétaire de mairie s'efforça de connaître au mieux ces nouveaux habitants qui apportaient un air de jeunesse à la commune."


Arrivée des soeurs trinitaires de VALENCE (12 élèves) à l'école Saint-Charles en 1947.

La reconstruction de l'église commence en 1947 réalisée par des ouvriers de talent mais malheureusement victime de nombreux contre-temps : une tornade en 1951 détériore la nef presque terminée puis, la même année, un incendie ravage l'entreprise BERNARDEAU au MANS où sont entreposées les charpentes du clocher.

LU DANS LE MAINE LIBRE




L'abbé Baron  voulait faire reconstruire son église mais manquait d'argent, il eut l' idée pour le moins spectaculaire : il s'est proposé de traverser la rivière sur un fil pour récolter des dons et il y réussit. L'église rénovée est inaugurée en 1952 et consacrée en 1956 et si l'on peut admirer l'église de Fillé dont le fin clocher se mire dans la rivière Sarthe, on le doit en partie à l'exploit de l'abbé funambule, curé de Fillé.




Nous avions laissé les mémoires de l'Abbé BARON recueillies par René GAIGNON au moment où son récit était au plein coeur de la guerre 39/45. Alors que le débarquement se déploie en Normandie, le séminariste-soldat apprend qu'il va être le prêtre de la paroisse de Fillé où son régiment fut cantonné en 1940 puis quelques semaines plus tard, il apprend l'incendie de l'église le jour où le village est libéré.

L'Abbé Baron est donc destiné à la lourde mission de la reconstruction de l'église.

quelques extraits de l'interview du 21.11.1990

- Abbé Baron : "Cette même année 1951 allait se terminer par une une nouvelle épreuve. Alors que la réfection, sur épure, de la flèche du clocher était déjà avancée et que les bois de charpente étaient prêts à être posés, préparés dans les ateliers de l'entreprise BERNARDEAU au MANS, un incendie le jour de Noel détruisit l'entreprise et ses matériaux. Tout était donc à recommencer.
Menacé par l'architecte d'une amende journalière importante si le travail n'était pas exécuté dans le temps prescrit par le cahier des charges, Monsieur BERNARDEAU, soucieux de répondre aux exigences et de trouver une main d'oeuvre spécialisée, fit appel aux Compagnons Charpentiers du Devoir du Tour de France de la Province de Paris. Appel entendu, puisque trois jours plus tard arrivaient Monsieur Jean ALBERTI de BOURGOGNE, Monsieur Germain DUPRAT de TOULON et René COLOMB de GRENOBLE 


En mars 1952, on vit s'élever un échafaudage de chevrons sur l'entablement du clocher de pierre. Il devait servir à l'installation de la flèche et y rester plusieurs mois. Les compagnons y accédaient par une échelle qu'ils avaient attachée à l'extèrieur. Aussi pour y regarder le travail s'y faire, la manoeuvre des palans hissant les bois de charpente, le Curé venait presque tous les jours et montait un échelon de plus à chaque fois pour vaincre le vertige (sans doute, un entrainement pour traverser la rivière !)

Les lattes et les ardoises fixées puis d'autres posées, les compagnons eurent à coeur d'installer la croix, la même qui s'y trouvait jadis, tombée au moment de l'incendie. La, aucune difficulté pour eux pour la poser...

- R.G. Est-ce-que s'arrête là le travail de ces trois Compagnons ?

- Abbé Baron : Pas tout à fait. Mais d'abord, ces jeunes compagnons charpentiers, en dehors de leurs heures de travail, eurent l'idée de réaliser la maquette au 1/20° de la charpente de la flèche du clocher (photo ci-dessus). Cette maquette fut offerte le 19 Mars 1953, jour de la fête de Saint-Joseph, patron des Compagnons du Tour de France, au Président national des Compagnons par le "gâcheur" de l'équipe, le chef d'équipe, Jean ALBERTI. C'est la tradition chez les compagnons et cette maquette fut déposée au Palais de Chaillot à Paris pour rester dans les archives des Compagnons."

Les Compagnons, leur travail terminé, allaient quitter FILLE. Mais le curé pensait, depuis un certain temps, utiliser leurs compétences en leur demandant s'il leur serait possible d'imaginer et de confectionner une voûte en bois pour l'intérieur de l'église.
Leur joie fut grande et il les entend lui dire : "Aucune difficulté pour nous"...

Enfin après maintes difficultés rencontrées, le baptème des cloches eurent lieu en présence de Monsieur LORY, Maire de Fillé dans la grange transformée en chapelle provisoire devenue ensuite salle des fêtes puis cantine pour les écoles de FILLE.
Toute la municipalité au grand complet ainsi que de nombreux invités accueillir Monseigneur CHEVALIER, au cours d'une réception chaleureuse qu'agrémenta une exposition murale de souvenirs, de tableaux et de photos de FILLE. Un vin d'honneur clotûra cette réception.


Avec l'année 1953 commença l'aménagement intérieur ; Messieurs DE GOULAINE et GYPTEAU eurent la générosité d'offrir des arbres à l'Abbé Baron... Mais comment les débiter ? Il restait avec ses arbres sur les bras quand une circonstance particulière le tira d'embarras. Appelé à prêcher une retraite de communion à ST VINCENT DU LOROUER, il fut invité à prendre le repas chez un propriétaire de scierie lequel lui dit : "Monsieur l'Abbé, amenez moi vos arbres, je vais les scier et les faire sécher et vous pourrez en disposer". Ce qui fut dit fut fait et gratuitement ! Un transporteur de TELOCHE ramena les planches a FILLE et Monsieur MORILLON en disposa pour continuer la fabrication des bancs.

Monsieur Raymond DUBRETON, forgeron à GUECELARD réalisa le dessin des éclairages. La décoration de l'extrèmité des branches des lustres étant inspirée de celle d'une rampe, croquée sur une feuille de papier, lors de la visite de l'Abbatiale de TREVES-CUNAULT dans le Saumurois.


Il fallait aussi penser aux Fronts Baptismaux. L'idée était de revenir aux temps antiques de l'église primitive. A Fillé, a été réalisé un baptistère antique. On y descend par un emmarchement. Les chaînes qui l'entourent ont une histoire : elles proviennent du poulailler de l'ancien presbytère.  Son grillage, en effet, était supporté par des tiges en fer qui servirent à Monsieur GOURNIGAULT, le forgeron de FILLE, à en tirer les maillons.

C'est à cette période que la statue de la Vierge, en terre cuite, fut enlevée, pour sa restauration, par les soins des Monuments Historiques de France. En subissant pendant des heures l'intense chaleur de l'incendie, sa polychromie s'était vernissée.

Comme dans toute église, il y a un chemin de croix de quatorze stations. Pour chaque station, une petite plaquette, travail d'un sculpteur de Lourdes, se trouve au centre d'une croix de bois. Le tout est cerclé d'un anneau de fer forgé, orné de quatre cabochons de cuivre jaune.


Le confessionnal, installé dans l'abside du bas-côté nord, travail de Monsieur MORILLON, et ce, pour ne pas revenir au meuble conventionnel ancien, consiste en une simple croix de b ois dont les bras supportent une tringle de fer sur laquelle coulissent des rideaux de velours.

Tout au-dessus du confessionnal, appliqué au mur de la sacristie et pour le décorer, un crucifix du 14 ou 15° sièce en bois, fut fixé par Monsieur DUCHEMIN, ferronnier d'art au Mans.

Les deux autels furent l'objet de beaucoup de recherches et de soin. Il fallait trouver des pierres pour les socles. Monsieur SPY, tailleur de pierre en style anglais édifia les socles des autels sur lesquels les tables de granit des Vosges furent disposées par Monsieur BEAUFRETON, marbrier au Mans. Par ce dernier furent plaquées les marches de marbre rose.

Pour garnir le choeur de l'église, les stalles furent récupérées auprès de la paroisse de la CHARTRE SUR LE LOIR qui vendait les siennes. Elles furent amenées et transformées par l'entreprise DENET. Quant au siège du célébrant et des enfants de choeur, ils ont été coulés à l'usine des "Grelots" au Mans.

L'aménagement se poursuivait ainsi lentement. Enfin, arrive en 1956 la consécration de l'église trois jours avant la fête de la Vierge Marie à qui l'église est dédiée, soit les 11 et 12 Août. Pour cette consécration, douze croix ont été sculptées et peintes sur les murs, rappel des douze apôtres. Le soir de la cérémonie et les trois soirs suivants, des amis de Fillé offrirent le spectacle d'une admirable illumination de la nouvelle église consacrée.

En 1957, il restait à rappeler la mémoire des soldats de Fillé morts pour la France.
A ce sujet, il faut signaler, tout d'abord, que la pierre de granit du maître-autel fut offerte par Mr et Mme FROMONT de BOUAILLE du château de la Beunêche, en souvenir de leur fils Gilles de FROMONT, mort pour la France, à la bataille de Dien-Bien-Phu. Une plaque de marbre noir, exposée dans la chapelle du choeur, en rappelle le souvenir.

Sous la fenêtre du clocher, dans l'église, un mémorial a été pratiqué. Il s'y trouve un Livre d'Or dans lequel sont inscrits les noms et biographies militaires de soldats de Fillé morts pour la France durant les guerres de 1914/1918, 1939/1945  et 1946/1954. Un coffret de cuivre surmonte ce livre d'or. Il contient un peu de terre prélevée, en premier, à DOUAUMONT près de Verdun en souvenir des morts de 1914/1918, puis à VILLENOBLE au CHEMIN, là où fut inhumé à sa mort, le 15 Juin 1940, André DUVAL et enfin, au cimetière de Saint AUBIN SUR MER où des Canadiens, tombés lors du débarquement du 6 Juin 1944, furent ensevelis.

Les dettes de cette reconstruction furent épongées : quêtes, dons, séances de projection, kermesses y contribuèrent, des années durant. Mention spéciale est à donner à Monsieur CHAMPION venu construire une petite résidence à FILLE lequel montra, en 1957, à l'occasion de séances récréatives, un samedi soir et un dimanche après-midi, ses talents d'acrobate et de funambule au-dessus de la Sarthe, en y présentant un élève amateur, le curé de l'époque !

Il se trouva qu'une nomination comme curé de BESSE SUR BRAYE ne permit pas à l'abbé BARON d'achever la restauration de l'église mais nul doute qu'il aura gardé de nombreux souvenirs de ces huit années de présence à la paroisse de FILLE.

NOUS LE REMERCIONS ICI POUR LES SOUVENIRS QU'IL A CONFIES A RENE.       


photo collection personnelle


Un groupe de personnes dont la Municipalité s'incline devant le Monument aux Morts juste après la guerre au premier rang duquel se trouve Monsieur BEUNARDEAU.
On remarquera après le pré, à l'emplacement du groupe scolaire actuel, se trouve encore la petite ligne du tramway.

Après la mort de Monsieur BEUNARDEAU, Monsieur LORY lui succède jusqu'en 1959.


Construction du clocher
"En Mars 1952, on vit s'élever un échafaudage de chevrons sur l'entablement du clocher de pierres..."





photo prise de la campagne filléenne avant la destruction du clocher lors de l'incendie de l'église.




La campagne filléenne avec, au loin, son clocher en construction ; la campagne est toujours aussi paisible mais au moment où la guerre d'Indochine se termine, le Magreb s'enflamme puis vint la guerre en Algérie.



photo collection particulière


Les bords de la Sarthe après la guerre, on aperçoit, à droite, les ruines de l'église.







Pendant ce temps, le pays se relève à peine de ses ruines que ce déclenche, en Algérie, le 1er Novembre 1954, ce qu'on a appelé la "TOUSSAINT ROUGE". Des indépendantistes commettent une série d'attentats dont certains meurtriers : deux soldats tombent sous les balles et l'histoire retiendra surtout le mitraillage d'un couple d'instituteurs, dans les Aurès, dont le mari ne survécut pas.

Le conflit se poursuit en 1955 et dans les premiers mois de l'année 1956, les accrochages meurtriers se multiplient. Le point de non-retour est atteint en Mars 1956 avec le départ des rappelés pour une guerre qui va durer six ans. Elle va déboucher en 1962 par l'indépendance de l'Algérie. Mais pendant six ans, à Fillé, comme dans toute la Métropole, de nombreux appelés s'en iront traverser la Méditerranée pour aller se battre en Algérie.
Cette génération "d'anciens combattants d'Afrique du Nord" participent maintenant à des retrouvailles, dans chaque village, chaque ville, chaque région, marqués, pour certains, par ce conflit qui a laissé des traumatismes.





Les Manceaux et les filléens retrouvent la plage de Fillé et les bords de la Sarthe sont (pour quelques temps encore mais pas pour longtemps) une alternative remarquable à l'exil côtier et des vacanciers en 1954, auteurs de la carte ci-dessous écrivent :

"nous sommes installés à la croix (la croix est à près de l'arbre de gauche sur la
plage), nous avons eu le soleil vers la Ferté et depuis le soleil nous suit, espérons le conserver, le patelin est mignon, la pêche est bonne et il y a de quoi nous baigner..."
En effet, il existait un coin de baignade avec des cabines de plage près du passage à gué. Depuis la baignade est interdite dans la Sarthe mais si les baignades d'antan ne sont plus la nostalgie demeure.



photo collection personnelle



Leur campement est en bas à droite de la photo ci-dessous, le long de la Sarthe


photo collection personnelle















La nostalgie des baignades d'antan demeure car GERARD CHOISNET nous raconte souvent comment , au hasard d'une de ses promenades, un jour d'été, près du moulin, il fit la connaissance d'un vieux monsieur ému qui lui raconta dans quelles circonstances il rencontra celle qui allait devenir sa femme.

En effet, ils s'étaient connus sur la plage de Fillé car avant la guerre, il y a de cela plus de soixante quinze ans, certaines écoles du MANS organisaient un voyage à FILLE pour récompenser les élèves qui avaient obtenu le baccalauréat. Ils partaient ainsi pour la journée par le petit train qui faisait encore la liaison entre LE MANS et FILLE.  Sur place, ils avaient le loisir de visiter la commune, de se promener dans la campagne ou bien alors de se reposer au bord de l'eau. Les plus sportifs avaient même l'opportunité de prouver leur mérite par des jeux nautiques en amont du moulin (on peut encore voir quelques cabines de bain sur certains documents d'époque).

Les élèves rentraient le soir par le dernier tramway, heureux de leur journée et parfois même heureux pour la vie...
En effet, c'est dans ce contexte que le vieil homme, tout juste diplômé à l'époque fit la connaissance de celle qui est devenue sa compagne. Il était venu tout simplement là en pélerinage.




En 1952, un peintre est venu à FILLE chez notre ami René BELLANGER et lui a laissé quelques oeuvres sur le village de Fillé. Fils d'immigré italien, après un passage aux Beaux-Arts, il fait ses classes à Montmartre. Homme du peuple, il croque volontiers les gens de la rue. Il devient au fil du temps un artiste reconnu et devient l'ami de PIAF, BREL ou encore Maurice CHEVALIER. Les collectionneurs éclairés l'apprécient. Il execute sur commande les portraits de SIMONE SIGNORET, GISCARD D'ESTAING, AZNAVOUR, Jean YANNE...etc.

Il vient passer quelques jours à FILLE en août 1952 où il peint plusieurs tableaux dont notamment un auto-portrait dans une attitude un peu singulière : il est assoupi le long de la Sarthe ou du canal tandis qu'il est à la pêche, il a une bouteille vide bien en apparence auprès de lui tandis qu'une couleuvre lui chatouille les doigts et qu'une libellule s'est posée délicatement sur l'un de ses doigts de pieds.
Il a peint son hôte et deux pêcheurs avec en arrière plan le moulin de Fillé.
Il a peint la plage de Fillé avec les cabines de bain qui existaient à l'époque. Belle époque ! Ce sont autant de témoignages d'une vie disparue !

Le Président des Etats Unis, Lyndon B. JOHNSON acquiert l'une de ses plus belles oeuvres du moment devant laquelle il fait la une du NEW YORK TIMES. Ses clients ont pour nom le producteur de cinéma Frank ROSS, l'acteur James STEWART, Henri FORD II et tant d'autres...

Malgré ce succès, Bernard Locca qui se considère comme un "bon ouvrier de l'oeuvre d'art" reste attaché à ses racines bretonnes et à Paris, il a le mal du pays, il revient. Il reste un homme modeste et fidèle en amitié, pas étonnant qu'il est gardé des liens d'amitié à Fillé... Nous les remercions tous les deux pour les souvenirs qu'il nous ont laissé.

Peinture de Bernard LOCCA (1926-1997) qui est venu peindre à FILLE en 1952.

 




photo collection personnelle

photo collection personnelle

FILLE FIN DES ANNEES 50

Dans les années 50, l'usine RENAULT embauche à tout va pour "tenir les cadences".
La production s'accélère avec le succès des voitures comme la 4CV, la frégate, la dauphine. C'est le temps béni du plein emploi et beaucoup de jeunes quittent la terre pour 'embaucher" à l'usine, travailler aux 3 x 8.

 

 

 

 

 

 

correspondances et récits : collection personnelle

mémoires de Monsieur SOYER sur bulletin communal de la ROUE TOURNE

extraits des souvenirs confiés à RENE GAIGNON par l'ABBE BARON en soirée publique lors d'une interview en 1990 et transcrites sur le bulletin communal de la ROUE TOURNE.

 

30 Mar 2008
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