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PROJET DE DISTRACTION DE LA SECTION DE GUECELARD ET D'ERECTION DE CETTE SECTION EN COMMUNE SOUS LE MANDAT DE MONSIEUR CARTERET NEUVIEME MAIRE DE FILLE-GUECELARD JUSQU'A SON DECES EN 1878


photo collection particulière

Le 16 Juin1872, en présence de Monsieur CARTERET, Maire, eut lieu en Mairie de FILLE-GUECELARD une réunion extraordinaire.

OBJET DE CETTE REUNION : Projet de distraction de la section de GUECELARD et d'érection de cette section en commune.

RAPPEL DES FAITS : Guescelard, province du Maine, généralité de Tours, élection du Mans uni à Fillé sur les listes de district en 1797, sur celles de district et de canton en 1790, sur celles d'arrondissement et d'arrondissement et de canton en l'an III - 1794.
Par ordonnance royale en date du 18 Août 1845, Guécélard était élevé en paroisse autonome.

Une première demande de distraction émanant des habitants de la section de GUECELARD avait été faite en 1866 et non accueillie.
Le Président après avoir lu l'arrêté de Monsieur le Préfet de la Sarthe en date du 7 Mai 1872 qui autorise la réunion du Conseil municipal, au vu des plus imposés pour délibérer de faire toute observation, tant sur le projet de distraction du territoire de la section de GUECELARD que sur les conditions de cette distraction, donne connaissance au Conseil du dossier et en particulier de la demande de séparation faite par GUECELARD ainsi que les motifs mis en avant par cette section.

D'après la pétition, les habitants de GUECELARD prétendent avoir déjà été une commune indépendante. La carte de l'Evêque du Mans publiée en 1706, réeditée en 1781, considérée à juste titre comme l'une des plus belles pour son exactitude constate que GUECELARD n'a jamais été une paroisse. De 1791 à 1793, lors de la division de la France en communes, GUECELARD qui possédait alors 50 feux* environ fut annexée à FILLE comme bourg le plus proche ayant déjà une administration complète et indépendante.



illustration empruntée à : commons.wikipédia.org/wiki/file/carte des diocèses et Evêchés de France en 1789 et 1802

Carte des Diocèses et Evêchés de France en 1789 et 1802


La discussion étant ouverte, le Conseil Municipal, après examen, ne croit pas de sa dignité de réfuter les six pièces accompagnants à titre de renseignements la demande de distraction. Toutes ces pièces se contredisent en plusieurs endroits ; elles contiennent des erreurs trop grossières ou sont du moins trop exagérées pour qu'on puisse leur attribuer la plus minime confiance mais le Conseil examinera seulement la pétition et pour la clarté des explications, il suivra l'ordre des faits tel qu'il a été adopté par les pétitionnaires.

Le premier et principal motif invoqué par les habitants de GUECELARD est le passage dangereux de la rivière Sarthe et du ruisseau le Rhonne. Pour les dangers que présente le passage du bac, les membres du Conseil peuvent répondre à ce grief par la notoriété publique. De temps immémorial, il n'est pas arrivé d'accident. Tout le monde peut l'affirmer, la rivière n'a jamais été une entrave pour l'administration de la commune.

Pendant l'invasion, au moment où le barreau de la porte marinière * venait d'être rompu par les glaces, c'est-à-dire au moment où le passage a peut être réputé le plus dangereux, le messager envoyé par GUECELARD a pû passer une première fois pour demander un cheval de réquisition et, une seconde fois, pour porter la réponse écrite.

En ce qui concerne le ruisseau du Rhonne, il est ajouté que la lettre de Monsieur l'Ingénieur chargé du service montre toute l'exagération des dires des petitionnaires.
Si l'eau a quelquefois pû atteindre le niveau de la levée, ce fait excessivement rare n'a duré que quelques jours et pendant ces courtes et rares périodes, les habitants de GUECELARD pouvaient encore venir à FILLE par le chemin n° 3 sans passer par la Suze, sans faire 30 kilomètres comme il leur plait de le dire nécessaire.

En résumé, le conseil municipal marque son opposion (les conseillers de Fillé étant majoritaires 7 contre 5), il déclare que les communications n'ont jamais été interrompues pour les piétons entre FILLE et GUECELARD par le fait des eaux. Le conseil place comme principal argument d'opposition que la séparation entraînerait de grosses difficultés financières pour chaque commune




Les séances du conseil municipal étaient fort agitées. Certains anciens de FILLE rapportent même qu'elles se terminaient d'abord au troquet situé en face de la Mairie et qu'elles s'achevaient à coups de fourche à l'endroit de l'embarcadère du bac.














GUECELARD possédait un relais de poste de gendarmerie à cheval

Dessin à la craie sanguine
par Christiane CHOISNET

GUECELARD vante l'importance de son bourg et le Conseil reconnaît l'existence d'une poterie(*) qui donne de l'ouvrage, d'après la déclaration même du gérant, à cinq ou six ouvriers mais c'est le seul établissement industriel de GUECELARD et il est impossible que sur un si minime intérêt on puisse baser une demande de séparation. le relais de poste de gendarmerie à cheval va être supprimé. Le Conseil ajoute qu'un adjoint est toujours choisi parmi les conseillers de GUECELARD.

La demande de séparation indique GUECELARD comme étant une commune avant la révolution. Le Conseil établit qu'avant la révolution la paroisse de GUECELARD n'a jamais été desservie d'une manière régulière par les ecclésiastiques chargés de tenir l'état civil. Quelquefois, un curé de GUECELARD, souvent celui de FILLE et presque toujours les vicaires de ROEZE et de PARIGNE desservaient la chapelle de GUECELARD qui ne comprenait qu'une faible portion du territoire actuel de la paroisse de GUECELARD. Depuis GUECELARD possède une église neuve et un presbytère . Les finances en cas de séparation permettraient à chaque commune de vivre.

Cette deuxième demande a été non accueillie par le Ministre de l'Intérieur de l'époque. Les pétitions des Guécelardais continuaient malgré ce refus en faveur de la scission. Il y eu aussi, paraît-il, des bagarres sanglantes entre les deux villages...






ci-dessous, plaque en fonte qui était apposée sur le mur de la Mairie et qui a été volée par des énergumènes de notre société actuelle.





Une troisième demande émanant des GUECELARDAIS a été réitérée le 13 Mars 1875, non accueillie par le Ministre de l'Intérieur de l'époque puis une quatrième en 1878 et là le Ministre de l'Intérieur envoie un courrier en date du 28 Décembre 1879 en précisant que le mieux était de maintenir l'état de réunion MAIS ... à la grande satisfaction des Guécelardais, un projet de loi est voté par le conseil d'Etat lequel est rapporté au Sénat et ce, malgré la protestation de certains membres du Conseil Général également députés.

VOIR SUITE SUR PROCHAIN ARTICLE "SOUS LA TROISIEME REPUBLIQUE, SEPARATION DE FILLE ET DE GUECELARD SOUS LE MANDAT DE MR GARNIER..."





* Les maisons étant exigÜes, malsaines et sombres : toute les familles s'entassaient dans l'unique pièce basse où se trouvait la cheminée, le foyer : la pièce à feu. Lors des évaluations de la population, on ne comptait pas les habitants, mais les feux, chaque foyer représentait une famille.

* porte marinière = pour franchir la chaussée ou barrage, une ouverture est pratiquée : c'est le pertuis. Pour retenir l'eau du bief supérieur, on dispose dans le passage libéré d'une cloison démontable manuellement, c'est la porte marinière.


* La fabrication de poteries à Guécélard doit remonter à l'époque où des hommes et leurs familles, venus d'ailleurs, se sont installées pour mettre en valeur les terres défrichées.

La nécessité d'avoir des récipients d'usage courant et domestique les incita à en produire eux-mêmes. Vers la fin du XVI° siècle et surtout au XVII° siècle, un artisanat se développa à Guécélard créant une poterie dite "rurale". Cette activité cessa vers 1850.




PERCEMENT DE LA ROUTE DES VIGNES




Le tracé du chemin dit "des Vignes" a été adopté par la commune en 1879 : il passe à travers des bois de sapins. (photo collection particulière)


Le Maire dépose un second dossier suite à une autre pétition concernant le tracé du futur chemin dit "des Vignes".

Celui-ci partant du chemin d'intérêt commun n° 8 du Mans à la Suze par FILLE pour se terminer chemin vicinal n° 4 de FILLE à Voivres en passant par les Bouillons, les Oliveries, Saint-Julien, la Pelousette et la Croix Bobet. Après en avoir délibéré et après âpre discussion, le Conseil adopte à titre de sacrifice communal un emprunt à la Caisse des Chemins Vicinaux et accepte, provisoirement, à titre de sacrifice particulier la souscription d'une somme donnée par cent douze personnes.

Par la suite, le conseil demande une nouvelle étude du chemin des Vignes en quittant l'ancien chemin à la Pelousette pour passer par les bois de sapins et pour aboutir au Clos Colin vers le n° 4.

Il faut savoir que deux cents personnes traversent régulièrement les bois venant du secteur des Oliveries, Saint-Julien, La Pelousette pour se rendre au bourg de Fillé et autant dire que pour les habitants des Oliveries, Saint-Julien, etc... passer par la Croix Bobet pour rejoindre la route de Voivres et tomber sur l'actuelle route de la Libération pour enfin arriver au bourg est un sacré "parcours du combattant".

Monsieur CARTERET Charles décède en cours de mandat le 21 Janvier 1878.










sources manuscrites sur la scission de Fillé et Guécelard : archives de la Mairie de Fillé
sources manuscrites sur la réunification de Fillé et Guécélard : récit historique et chronologie remis par des historiens de Guécélard à Monsieur le Maire de FILLE en 1996
sources manuscrites sur le tracé de la route des Vignes : archives de la Mairie de Fillé
28 Mar 2008