- 1769 - La révolte des croquants ; la lande du Bourray où les habitants pauvres de FILLE avaient coutume de se réunir comme ceux de Guécelard, Roezé et Parigné le Polin, d'aller faire paître leur bétail dans les prés de la Lande se révoltent, révolte qui présage les cahiers de doléances...
En 1771, l'église médiévale de St-Martin de Vertou est refaite à partir de la structure ancienne conservée.
- En Juin 1777, un recensement cadastral est établi : il s'agit plutôt d'une estimation du produit annuel des biens de la paroisse de FILLE et de GUECELARD pour parvenir à l'égalité et à la proportionnalité des impôts et notamment dans le calcul de la Taille. Ce document fait état de la propriété, de l'exploitation et de la composition des biens dans les détails de tout ce qui appartient, d'une part à l'Eglise, aux Nobles et aux plus riches.
A la même époque (1777) le Chanoine Le Paige écrit de Fillé dans un
ouvrage qu'il dédie au frère du Roi :
"le sol produit du bon seigle, de l'avoine et du carabin ; il y a des vignes dont le vin est médiocre, le rouge n'est pas mauvais. Il y a à Fillé beaucoup de landes".
- En Juin 1787, le bail de la ferme du Gros Chesnay établit une bonne fois au Metayer qu'il doit fournir chaque année une charge de froment, une charge de seigle et une charge d'avoine : mesure du Mans comble ou ras le bois mesure de la Suze rendues dans les greniers du château de Buffes.
- 1789 L'abbé ACHARD est curé de la paroisse de FILLE et de GUECELARD.
- Convoqués au son de la cloche, les habitants assemblés établissaient sous la conduite du Syndic Pierre Héron le cahier des plaintes et doléances de la paroisse de FILLE. On le remarque bien que tout se passe encore sous la conduite de l'église. C'est au son de cloche que les habitants bien ancrés dans leurs réflexes réagissent. Le cahier est établi au nom de la paroisse de FILLE qui semble agir ainsi en ce milieu simple et rural et peu touché par les évènements parisiens pour le compte de l'esprit de justice et de liberté et contre les grands dérèglements qui ont trouvé leur source dans la féodalité.
- Les nobles comme les tenants de l'église seront soit contraints d'épouser les principes révolutionnaires ou de baisser les bras, soit encore de s'enfuir pour jouer ensuite la revanche avec la chouannerie. Louis-Marie DANIEL de BEAUVAIS assista à l'assemblée de la Noblesse du Maine en 1789 et il y représenta aussi Madame Veuve DANIEL de BEAUVAIS, dame du GROS-CHESNAY.
- Les cahiers de doléances sont des registres dans lesquels les assemblées chargées d'élire les députés aux états-généraux notaient voeux et doléances, les plus notoires restent ceux de 1789.
La rédaction de ces cahiers débutaient dans les villages et les paroisses avec la rédaction des "cahiers de paroisse". Ainsi, la paroisse de FILLE rédigea son CAHIER DE DOLEANCES :

traduction de la page :
PLAINTES ET DOLEANCES DE LA PAROISSE DE FILLE, SENECHAUSSEE DU MANS
Aujourd'hui, 8 Mars 1789, les habitants assemblés au son de la cloche par leur sindic, d'après les ordres qui lui ont été signifiés de la part du Roy :
Demandent :
1°) Qu' il ne soit dorénavant établi d'impôt que du consentement des
états généraux les quels soyent assemblés tous les cinq ans au
moins
2°) Que les ministres du Roy soyent responsables de l'argent qui leur
sera confié.
3°) Que toutes les impositions soyent réparties sur chaque citoien à
proportion de son bien, qu'il n'y ait plus de privilèges pécuniaires et
d'exemptions, que le clergé la noblesse et le Tiers Etat soyent tous
assimilés dans la juste répartition des impôts.
4°) L'abolition des droist de franc fief qui rapportes peu au Roy et est
très onéreux au tiers état par les exactions qui s'y comettes.
5°) Que la taille soit abolie et remplacée par l'impost territorial, mais
si les circonstances l'empeschent, que la taille ne soit plus arbitraire,
mais réelle et estimée dans la juste proportion des biens, afin que
chaque habitant sache ce qu'il doit payer et ne soit plus la victime du
caprice ou de la vengeance d'un collecteur.
6°) Que la gabelle soit abolie comme onéreuse et criante, mais si les
circonstances forcent les Etats Généraux de la conservé, que le prix
du sel soit modéré celui de 13... La livre que la paroisse paye est
exorbitante et écrase la classe du peuple.
La GABELLE DU SEL : le principe général est le suivant : le sel fait l'objet d' un monopole royal. Il est entreposé dans les greniers à sel où la population l'achète déjà taxé. La Gabelle représente environ 6 % des revenus royaux.
La TAILLE est un impôt direct de l'ancien régime français. La taille seigneuriale apparaît dans la deuxième moitié du XI° siècle. Elle a pour but de faire contribuer les communautés villageoises aux charges de la seigneurie en compensation de la protection accordée par le Seigneur.
A l'OCCASION DU BICENTENAIRE DE LA REVOLUTION (JUIN 1989) :
Réunion dans la campagne suzeraine en juin 1989 d'une classe du Collège TROUVE-CHAUVEL de la SUZE autour du thème "les cahiers de Doléances" et notamment ceux de la paroisse de Fillé.
LES EMIGRES, LES CURES REFRACTAIRES ET LA CHOUANNERIE
"Je jure de maintenir de tout mon pouvoir la
Constitution". Les prêtres qui prêtèrent ce serment furent appelés
jureurs, les autres seront les réfractaires.
Le 11 Juillet 1789, Monsieur de Vauguyon est arrêté sur le chemin de l'Angleterre.
Déclaré bien national à la révolution, Adélaîde Victoire Daniel de Beauvais dont le père François Daniel de Beauvais a émigré, rachète le moulin de Fillé. A la mort de cette dernière, René Livache et son épouse Louise Poussin en font l'acquisition.
Cette année 1790 vit la cessation de l'utilisation du cimetière devant l'église de FILLE. Le nouveau (25 ares) se mit progressivement en place à partir de cette époque là.
Illustration empruntée à livre d'histoire de la classe de
4° des Cours Complémentaires - édition de Septembre 1959
L'abbé ACHARD doit, suite à une décision du 23 Février 1790, lire les décrets de l'assemblée constituante ; celui-ci ayant refusé le 13 avril de reconnaître le catholicisme comme religion d'état, le 20 avril suivant, l'administration de ses biens est retirée à l'église. Le presbytère et l'église de FILLE sont achetés par les citoyens Héron et Tanchot pour la somme de 1697 écus.
En 1791, dès janvier, les municipalités de la Sarthe ayant recensé des églises se voient contraintes de faire jurer fidélité aux prêtres. 422 jurèrent alors que 632 se déclarèrent réfractaires ; suite à ce décret demandant aux prêtres de prêter serment, le Curé Achard semble s'y soumettre puis se rebelle. Dans les murs du château de la Beunêche est installé une cache permettant au prêtre réfractaire de se réfugier sans être inquiété. Fidèle aux réfractaires, les populations aidaient souvent à les cacher.
Or, suite à des lettres de délation, de jeunes individus "révolutionnaires" venus du Mans haranguent les paroissiens à la sortie des offices et en Août 1792, le trouble règne partout et le comité révolutionnaire de la Sarthe soumis aux ordres du Conventionnel Levasseur fait condamner 112 prêtres à l'exil en terre espagnole.
En représailles, le Curé Achard fut également traîné de force pour rejoindre un groupe de curés réfractaires destinés à l'exil. Suite à ce grand tumulte, un de ces prêtres réfractaires écrit qu'à l'auberge de Fillé-Guécelard où ils faisaient une halte pour se désaltérer et manger, les "crapauds de nuit" (c'est ainsi qu'on désignait les prêtres réfractaires à l'époque) se virent entourés par les habitants proches qui leur témoignèrent douleur et compassion et les larmes aux yeux dirent adieu à leur curé, étonnés de les voir si déterminés dans leur choix et si sereins.

illustration empruntée à :
commons.wikipédia.org/wiki/file : carte des prêtres assermentés en France en 1791
Carte des prêtres assermentés en France en 1791
Chassé de sa paroisse, le curé Achard fut remplacé par un "intrus" Jean Arnoult qui se heurta à l'hostilité de la rustique, ignorante et pieuse population, l'installation des nouveaux venus considérée comme des intrus était généralement mal acceptée par les fidèles.
En 1793, l'année fut également très mouvementée avec des batailles entre les chouans et les républicains. Buffes vit passer sur l'ancienne route de Paris-Nantes, dite le "chemin aux boeufs", ancienne voie romaine, située à cinq cents mètres de Buffes, plusieurs dizaines de milliers de Vendéens dans leur expédition appelée " Virée de Galerne" c'est-à-dire "mouvement vers le nord" car le vent de galerne est un vent du nord et ce, alors qu'ils remontaient d'Angers vers le Mans, en route pour Granville.
Mais, le 13 Décembre 1793, c'est la bataille du Mans : l'armée républicaine écrase les vendéens dans la cité mancelle. La moitié des blancs ne survivront pas à la bataille et c'est le repli de la "virée de galerne".
photo empruntée à www.herodote.net
Le 13 Décembre 1793, c'est la terrible bataille du Mans qui vit la victoire des républicains sur les vendéens
tabeau de Jean Soreuil conservé au musée de la Reine Bérengère
En Fructidor An III, on entre dans la "seconde terreur" avec la disparition de Robespierre le 9 Thermidor. Le citoyen Auvray, préfet de la Sarthe nomme le citoyen François Tanchot, maire de FILLE-GUECELARD le 3 messidor an VIII. Tous doivent prêter serment de fidélité à la Constituante.
En Fructidor An III (septembre 1794), un dénommé "Tape à mort" qui avait quelques parentés à FILLE avait formé avec eux une bande de "contre-révolutionnaires". Ledit "Tape à mort" s'était mis à la disposition du commissaire de la République du Mans quelques temps plus tard et dans la nuit du 19 au 20 fructidor an III, les citoyens Tanchot, maire de Fillé-Guécélard et Blin, procureur de ladite commune, ont, aux environs de minuit, vu se présenter à eux 3 ou 4 individus à cheval leur demandant le texte de la Constituante présentée par la Convention Nationale à l'acceptation du peuple. Or, suite à la réponse affirmative des deux notables filléens, ils ont exigé la remise de ce texte en échange d'un autre... Les individus à cheval ont effectivement déposé sur le bureau du Maire deux documents, l'un intitulé "Déclaration du Roy" commençant par ces mots :"Louis, par la grâce de Dieu, Roy de France et de Navarre" (il s'agissait de Louis XVII âgé de neuf ans et qui, tuberculeux, mourrait dans la prison de la Bastille d'une lente agonie) et se terminant par "Votre inébranlable fermeté" et :
l'autre intitulé "Manifeste du Général Charette" commençant alors par ces mots : "Le moment est venu" pour se terminer par "Soyez persuadés, Messieurs, de tous mes sentiments pour vous". La remise de ces deux documents leur a été faite avec injonction d'en faire lecture "au péril de leur vie", "à l'heure où il y aurait le plus de monde" et "en faisant sonner la cloche afin de rendre le rassemblement plus conséquent" et ce Maire et Procureur ont exécuté dès le lendemain de crainte d'être recherché par les chouans en présence de 50 à 60 citoyens de la commune et notamment des citoyens Gaupuceau et Rousseau (officiers municipaux).
Alors là, ils sont interrogés pour savoir pourquoi ils n'avaient pas prévenu l'Administration de cet évènement qu'elle aurait pû empêcher, ils ont répondu que c'était la crainte de possibles attaques qui les avaient retenus... La présente minute de cet interrogatoire est enregistrée sous la forme d'un évènement contre-révolutionnaire par le citoyen Bardou-Bouquetin, il s'avère donc que les deux notables se sont rendus coupables d'une criminelle complaisance envers la République... On ne rigolait pas avec la prestation de serment à la Constituante ! en vertu de quoi, ces deux élus sont momentanément suspendus de leur fonction et remplacés par les autres officiers municipaux.
Le 10 Nivose an IX : un "arbre de la liberté" est planté solennellement par le citoyen Tanchot et le sieur Héron son adjoint.
illustration empruntée à http://revolution.1789.free.fr/image/arbre de la liberté
PLANTATION D'UN ARBRE DE LA LIBERTE





Sources manuscrites et bibliographiques archives départementales de la Sarthe archives paroissiales - archives de la commune de Fillé
sources internet : pagesperso-orange/registres d'état civil
Source bibliographique - histoire régionale : Le crapaud de nuit Editions du Cherche-Livre par Jean-Jacques Loisel
Source Bibliographique de l'histoire du moulin de Fillé : Moulins de la Sarthe n° 30/15
Source bibliographique déclaration Chanoine Le Paige : Dictionnaire Topographique, Historique et Généalogique et bibliographique de la province du Maine MDCCLXXVII tome I page 335.